24.07.2007
L'assemblée (18)
Lorsque j’ouvris les yeux, je me rendis compte que j’avais de grandes ailes dans le dos. J’étais un ange ou quelque chose dans le genre. A côté de moi, il y avait d’autres anges et aussi devant moi et derrière moi. Aussi loin que pouvait aller le regard à droite ou à gauche, en haut ou en bas, l’espace était saturé d’ailes blanches dont le battement créait des appels d’air terribles. Il fallait se cramponner pour garder son rang en battant à son tour des ailes, ce qui n’arrangeait pas le courant aérien mais au contraire l’aggravait en un tourbillon qui menait tout en bas à une source lumineuse d’où s’élevait une voix grave.
« - Nous souhaitons la bienvenue au nouvel archange du ciel inférieur Gabriel ! »
Je ne compris pas tout de suite que c’était de moi dont il était question mais le poids des milliers de regards sur ma personne se chargea de me le faire comprendre.
« Sa vertu vous est à tous, mes très chers frères, connue et sa venue nous avait été annoncée comme imminente. »
Il y eut ça et là quelques explosions de lumières (l’équivalent des applaudissement chez les anges supérieurs, je suppose).
« A présent, le voilà parmi nous. Une fois de plus, nous te souhaitons, très cher frère, la bienvenue et nous comptons sur toi pour faire progresser le monde de lumière vers le Père très haut. »
Les explosions de lumière mirent un point final à ce discours et je fus submergé par un océan de plumes d’ailes, d’étincelles. Je me surpris à désirer un peu d’ombre pour soulager ce monde irradié de tant de blancheur.
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23.07.2007
Le réveil (17)
Lorsque l’archange ouvrit les yeux, la première chose dont il se rendit compte c’est qu’il n’était plus un archange. Ses ailes avaient disparu, il était allongé sur l’herbe et au dessus de lui, il y avait des petits bouts de nuage qui, de toute évidence, venait de s’échapper de ses yeux. Dans ses oreilles, il y avait des écouteurs qui diffusaient la voix mélodieuse d’un sheikh récitant la plus longue sourate du Coran - dont le célèbre passage racontant comment Iblis avait refusé de s’incliner devant l’homme alors que les autres anges, eux, s’étaient exécutés. Mickaël se releva et réalisa qu’il venait de nuager le paradis et qu’il n’était pas l’archange promu qu’il croyait être quelques instants auparavant. Son regard s’attarda sur des hommes au loin qui tiraient un coin du ciel pour faire tomber les nuages. Cela le plongea dans un état de perplexité : qui était-il au juste ? Un homme qui venait de s’égarer dans le monde des nuages et qui s’était illusionné en croyant être un archange ? Ou un archange qui accédait à un ciel supérieur où le paradis sortait de la représentation conventionnelle, épousant dans un vertigineux paradoxe l’apparence du monde inférieur ? L’espace d’une seconde, il avait cru ne pas (plus ?) être un archange mais à présent il en était moins certain. Mickaël se releva, retira les écouteurs de ses oreilles pour mettre fin à la mélopée du texte sacré et il inspira longuement l’air ambiant. L’inspiration, pas plus que l’expiration qui lui succéda, ne lui apporta d’éléments de réponse à ses questions. Il décida de se lever complètement, fit quelques pas et prit la décision d’aller dans le vaste monde pour savoir s’il était toujours au paradis.
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22.07.2007
La promotion de l’archange (17)
Certains disent qu’il y a sept cieux. Parmi eux, certains raffinent en disant que chacun de ces cieux est lui-même composé de sept cieux. D’autres sont plus attachés à l’autre grand chiffre sacré – le 9. Neuf cieux voire 99 (ou 81 si on reprend la logique mentionnée ci-dessus : 9 cieux avec 9 étages chacun). On peut aller jusqu’à 999.
La vérité, l’archange grave aurait pu vous le dire, c’est qu’en réalité, les anges et les archanges eux-mêmes n’en savent pas plus. Les cieux sont infinis. On démarre tout en bas de l’échelle et au long de sa carrière, on ne cesse de s’élever (même si, bien sûr, on peut rester parfois bloqué à un certain échelon pendant très longtemps). Et plus on monte, moins on redescend. Autant il n’est pas improbable pour un ange du huitième ciel de croiser un archange du onzième, autant il est impossible pour un ange du huitième ciel de rencontrer un archange du quarante quatrième ciel (ces chiffres étant ici purement théoriques vu que personne n’est jamais descendu du premier ciel pour dire combien il a dû gravir de cieux avant d’y arriver). Les mathématiques célestes qui ne sont enseignées nulle part et à personne semblent vouloir que certains niveaux symboliques, une fois franchis, ne peuvent pas être redescendus. C’est pour cela que l’image de l’ange déchu, bien que séduisante au premier abord, est plus une invention des romantiques qu’autre chose.
L’archange grave était loin de se douter qu’une promotion l’attendait. Et pourtant, un des novices qui étaient en train de jouer, s’arrêta en le voyant et lui remit une fine feuille de nuage au dessus de laquelle dansait une phrase sans équivoque. L’archange sourit au novice après avoir soufflé sur la phrase et rendu sa liberté au petit bout de nuage. Il savait que le ciel du dessus correspondait à un de ces seuils qu’on ne franchissait que dans un sens et pas dans l’autre.
L’archange aurait aimé revoir une dernière fois les anges d’en bas mais il savait que ce n’était plus sa tâche désormais et qu’il était vain de différer son départ. Cette pensée à peine évoquée puis congédiée, un chemin qui n’existait pas la seconde précédente apparut devant lui : une rivière d’étoiles serpentait vers un sommet nouveau, noyé dans une lumière d’élection. L’archange se mit à avancer, revêtant l’habit de lumière qu’on lui offrait et passa dans le ciel supérieur.
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21.07.2007
Le souffleur (16)
Je me suis réveillé dans la blancheur de la page. Pour seule nuit – des signes qui s’étendaient horizontalement et verticalement à l’infini sans jamais se croiser. Je me suis surpris à rêver d’un soleil pour mettre en mouvement tous ces caractères. Puis je suis revenu à la réalité – j’étais toujours coincé et à la différence du paradis des songes, je n’avais pas encore compris comment l’on sortait. Devais-je transformer un mot en radeau pour m’évader ? C’est à ce moment que j’ai entendu du bruit au dessus de moi. Il y avait quelqu’un qui s’approchait. J’ai regardé en l’air et j’ai vu que tout en haut les mots disparaissaient un par un. Mon premier réflexe a été de sauter sur le U juste en dessous. Puis je me suis dit : à quoi bon si c’est pour retarder d’une ligne ou deux l’échéance ? J’ai attendu, attendu, attendu. La menace se précisait sous la forme d’un vent qui s’avançait inexorablement. Et puis il est arrivé. Le souffleur de mots.
Il s’est présenté à moi – c’est comme cela que j’ai appris qui il était. Sa fonction était de ressusciter les bribes du monde qui s’étaient cristallisé en mots. Pour m’être agréable, il m’a fait une démonstration de son art. Il a d’abord soufflé sur le mot silence. Le mot a disparu et évidemment rien n’est apparu car qui a jamais vu le silence ? Ceci dit, au moment d’en rire, je me suis aperçu qu’aucun son ne sortait de ma bouche. Quel étrange situation que celle d’être au milieu de plein de mots et de ne pas pouvoir en dire un seul. On a mis du temps à trouver le mot bruit mais on a fini par le rencontrer. J’ai fait signe au souffleur de mots de le délivrer, ce qu’il a fait mais ce n’était pas une bonne idée car aussitôt régna dans la page un vacarme assourdissant. Le souffleur de mots rétablit la situation en soufflant un nouveau silence suivi de parole.
On a joué longtemps à souffler les mots. C’est comme cela que sont successivement apparus une autruche (qui s’est cassé la figure sur le mot cristal ! Qu’est-ce qu’on a pu rire !), un navire, un bâton, une tour, une symphonie, un parfum …
Et puis le souffleur de mots m’a regardé, l’air gêné. Je ne suis pas prêt d’oublier la tristesse qu’il y avait dans ses yeux quand il m’a soufflé et que j’ai disparu.
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20.07.2007
Dans le bureau de l’archange (15)
Il n’y avait pas de murs mais juste des nuages qui attirés par l’aura de l’archange avaient fini par former une petite pièce temporaire où il était possible de s’isoler de la lumière aveuglante pour travailler. C’était le privilège hiérarchique des archanges que de pouvoir sacrifier à l’individualité qui normalement était censée ne plus exister dans les régions célestes. Mais ce privilège était compensé par le fait qu’une fois le travail accompli, le bureau s’effaçait progressivement. En quelques minutes, il n’y avait plus de traces d’un quelconque bureau, si ce n’est quelques volutes de nuages qui s’étaient attardés sur place au lieu de suivre la marche de l’archange. Les anges novices chargés des missives étaient souvent perdus au début quand il devait adresser un courrier urgent à un archange d’un ciel éloigné ! Heureusement, ils suffisaient d’apprendre progressivement à discerner les différentes formes que pouvaient prendre un nuage lorsqu’ils s’inscrivaient dans le cortège d’un archange et on retrouvait sans trop de mal le destinataire de la lettre.
L’archange grave prit un bout du mur (en fait un bout de nuage) et l’aplatit pour en faire une fine feuille puis il prit une plume de ses ailes et il commença à répondre au courrier qu’il avait reçu en son absence. Les lettres avaient tendance à s’envoler légèrement au dessus de la feuille mais ce n’était pas grave : du moment que les phrases restaient solidaires entre elles, le message ne risquait pas de se perdre.
L’archange prit son temps pour répondre à tout le monde puis il quitta son bureau qui disparut aussitôt. Il emprunta une colonne de lumière pour se rendre à l’étage supérieur. Là, un nuage de son cortège prit aimablement la forme d’un siège où il put s’asseoir pour regarder les anges novices jouer à saute mouton.
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19.07.2007
Prisonnier (14)
Je me suis réveillé tout en haut d’une lettre T. Ne me demandez pas de quelle façon je m’y suis retrouvé, je serai bien incapable de vous le dire. Ce qui est sûr, c’est que j’ai eu la chance de m’en rendre compte à temps : j’ai bien failli tomber sur le i juste en dessous. Je crois que je me serais fait mal si c’était arrivé ! J’ai regardé autour de moi. J’étais dans une page – aucun doute. A droite, à gauche, en dessous, au dessus – des lettres. Impossible de déterminer si j’étais plutôt vers le haut ou le bas de la page. Heureusement pour moi, il y avait un peu de ponctuation. J’ai sauté du haut de mon T et j’ai attrapé une virgule juste au dessus que j’ai remonté à la force des bras. Dans la foulée, j’ai attrapé la queue d’un g, stratégiquement bien placé. Coincé, je me suis assis sur un k pour réfléchir. Etait-ce bien la bonne méthode à appliquer ? J’étais, après tout parti du principe que j’étais dans une page. Et si ce n’était pas le cas ? Qu’est-ce qui me disait qu’il avait un début ou une fin à toutes ces lettres. Peut-être étais-je prisonnier d’un parchemin infini. A quoi bon remonter s’il n’y avait pas de fin ? Et que se passerait-il si au contraire je me laissais tomber entre l’espace des lettres ? L’idée me sembla ingénieuse au départ mais je dus vite me rendre à l’évidence : s’il y a parfois des espaces qui durent plusieurs lignes, tôt ou tard il y a une lettre qui vient mettre prématurément fin à toute tentative de chute libre. Je n’avais pas envie de me blesser sur un l. Faute d’une idée valable, j’ai repris le chemin que je venais de parcourir en sens inverse et je me suis mis en quête d’une bonne lettre pour me reposer. J’ai avisé deux m côte à côte. Idéal pour s’allonger. J’ai rêvé que toutes les lettres se mettaient en mouvement et que comme un train, elles m’emportaient loin, très loin de ce monde de mots.
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18.07.2007
Le blues de l’archange (13)
C’est l’histoire d’un archange qu’on aurait cru sorti tout droit d’un oratorio de Haendel. On le vit un jour aller rendre visite aux anges d’en bas. Il était si mélancolique quand il rentra qu’autour de lui, les nuages devenaient noirs. Il s’enferma dans son bureau de nuages et se remit au travail. Etait-ce pour oublier ou tout simplement parce qu’il fallait bien qu’il continue à administrer son coin de ciel ? Toujours est-il que personne ne prit le risque de le déranger. Dans les cieux supérieurs, les anges chantaient inlassablement des mélodies qui s’entrelaçaient harmonieusement et s’élevaient dans des hauteurs si élevées qu’on n’arrivait pas à les entrevoir à travers l’océan de lumière qui dorait le plérôme
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17.07.2007
Le paradis des songes (12)
J'étais au paradis des songes. L'endroit où s'échouent tous les rêves qui ne se sont pas accomplis. Principe de conservation de la substance onirique - rien ne se perd.
Je tutoyais les étoiles. Elles s'amusaient de savoir qu'Aristote les avait décrété parfaites. Non, elles étaient loin de l'être. Certaines étaient coquettes, d'autres jalouses. Entre autres.
Il ne fait jamais sombre au paradis des songes. La lumière vient des étoiles qui se sont évanouies quelque part dans l'éther. Lux aeterna comme on dit dans le requiem.
Les hommes et les femmes sont beaux. L'atmosphère est empreinte de cet érotisme diffus qu'on ne trouve que dans les rêves - un désir continu qui reste toujours désir, qui ne se convertit jamais au plaisir. Un désir qui s'enivre de soi.
J'étais heureux de me promener dans tous les rêves inachevés de civilisations. Elles étaient toutes ici et j'avais l'âme d'un historien de l'Atlantide.
Et puis je fus saisi d'un malaise: et moi ? Qu'est-ce que je faisais ici ?
J'ai fini par me rendre à l'évidence: quelqu'un m'avait rêvé puis avait fini par renoncer à moi. C'était pour cette raison que j'étais ici - et pas une autre. J'étais un songe échoué.
Je suis devenu mélancolique. Je ne parlais plus à personne. Tout le monde me regardait avec tristesse, devinant le mal si commun qui m'habitait.
Ceux qui résistaient à ce mal gagnaient le droit de rester au paradis des songes. Les autres finissaient par disparaître définitivement, rongés par la mélancolie. Car il n'y a pas de place dans aucun paradis du monde pour le mal. Quel qu'il soit.
Je me suis dit qu'en disparaissant, je disparaîtrai aussi complètement de l'âme de celui qui m'avait rêvé. Mon mal à moi, c'était sa santé à lui. Mieux valait en finir complètement.
C'est comme cela que j'ai quitté le paradis des songes.
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16.07.2007
La descente de l’archange (11)
Lorsque l’archange veut descendre en bas, il devient encore plus grave qu’à son habitude. Sa pesanteur lui permet de traverser la couche opaque des nuages (qu’il sculpte au passage de ses ailes) et d’atteindre rapidement sa destination. Pour récupérer, il fait infuser quelques volutes de nuage dans une coupe d’eau et il boit lentement le breuvage ainsi obtenu.
C’est ainsi autour d’une tasse de thé blanc que l’archange s’informe auprès des sept anges du sort de l’univers. Ceux-ci confirment ses pires craintes. Les anges ont cru avoir bénéficié d’une promotion en étant à la tête du projet Univers. Et au lieu de surveiller de loin l’affaire, ils y ont pris une part active.
Ils ont constaté que leur premier prototype de créatures s’ennuyait. Trop parfait. Plus tard, les textes sacrés parleraient de l’Adam primordial. C’était lui. Donc, cet homme parfait avait été retiré du marché par les anges pour être remplacé par un prototype moins haut de gamme. Le problème, c’est que le modèle choisi était vraiment cette fois-ci trop bas de gamme. Les anges avaient dû tout nettoyer sur terre – événement qui était mentionné par certains textes sacrés comme étant le fameux déluge. A présent, ils expérimentaient un dernier modèle qui était un compromis entre les deux premiers. Un subtil mélange de terre et de ciel, d’âme et d’esprit.
L’archange grave était stupéfait d’entendre toutes ces nouvelles pour la première fois et il bouillonnait intérieurement : que des incapables ! Cependant, comme c’est une chose bien connue que tout est parfait dans l’éternité, l’archange affichait un sourire de rigueur et c’est avec un calme apparent qu’il s’informait sur le monde d’en bas.
L’archange grave regardait sa tasse de thé à moitié vide. Au dessus du breuvage s’échappaient le plus discrètement du monde des nuages. L’archange eut un bref instant d’absence et il se surprit à rêver qu’il était un nuage dont le seul désir était d’aller hanter son ciel d’origine.
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15.07.2007
Les portes du songe (10)
Il faisait noir, tout noir. Puis tout d’un coup, le tunnel cracha les trois rames de métro. La lumière s’engouffra avec une rapidité inouïe dans la rame et s’attaqua directement aux yeux des voyageurs. J’avais les yeux fermés car je savais que cela se passerait ainsi. Je les ai ouverts brutalement, délivrant l’obscurité qui était restée prisonnière. L’obscurité est allée au devant de la lumière. La rencontre se solda par une explosion de couleurs. Un monde apparut en dehors de la rame de métro. J’avais franchi la porte des songes.
Le métro fendait l’air et ne reposait sur aucun rail. La terre ferme semblait être très loin en bas. Le ciel était ivre et d’un bleu dont l’intensité avait révoqué les nuages. Il n’aurait pas paru improbable que le ciel accouche à l’instant même d’un nouveau monde avec un nouveau ciel. Mais non. Rien ne se passait.
Certains voyageurs sommeillaient. Peut-être qu’ils ne se réveilleront jamais, anéantis par le passage de la porte des songes. Que deviendront-ils ? Des nuages pour ce ciel extraordinaire qui règne dehors ? Difficile à dire et bien des mystères nous échappent. Ce monde n’est-il pas fait, après tout, de nuages qui songent et n’ont pas quitté leur corps céleste ? Ce monde n’a-t-il pas la chair des nuages ? Il ne faudra pas que je l’oublie si je ne veux pas rester prisonnier d’un songe. Je dois bien me rappeler que c’est le rêve de l’âme du monde que je veux partager – pas le songe des nuages. Même les pensées qui me viennent à l’esprit maintenant, je dois m’en méfier car elles non plus elles n’ont pas plus d’étoffe d’un nuage.
Je fais le vide en moi. Un homme en face de moi me regarde. Ses yeux sont du même bleu que le ciel dehors. Je me dis que ce monde de nuages s’est senti pris au piège avec moi. Et aussitôt, comme pour répondre à cette pensée, le métro s’arrête.
Je descends.
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