26.08.2009

Catherine Dufour "Blanche-Neige et les lance-missiles"

blanche-neige lance-missiles.jpgDans la série "les livres qui ne m'ont pas plu alors que je pensais a priori qu'ils allaient me plaire", je dois parler du livre de Catherine Dufour réédité il y a de cela peu au livre de poche - heureuse initiative à l'égard des pauvres que nous sommes  (pour parodier la Salle 101) et qui n'avons pas toujours les moyens de tout acheter immédiatement en grand format. De Catherine Dufour,  j'avais beaucoup aimé Le goût de l'immortalité mais voilà, ça ne veut pas dire que j'aime tout de cet auteur pour autant. La preuve. Pour un avis contraire (car j'aime bien faire dans le paradoxe et la nuance) , on se reportera à l'avis du  camarade Nébal  qui dit beaucoup de bien du livre en question à cet endroit - même s'il est plus nuancé sur le tome 2 en livre de poche comme on le lira .

L'honnêteté me pousse à confesser que j'ai été jusqu'à la page 240 environ et que j'ai regardé disons les premières pages mais pas plus de L'ivresse des providers, la deuxième partie du livre.  Je n'ai pas pu en lire plus parce que tout simplement j'ai été vite lassé. La lassitude du lecteur soit dit entre parenthèses mériterait une étude. Je pourrais citer tout un tas de livres que j'ai lu jusqu'au bout tout en sachant pertinemment que la messe était dite et que le livre me décevrait mais je lisais jusqu'au bout au cas où. Il y a les livres avec lesquels j'ai accepté de m'ennuyer car  j'aimais le monde qu'il peignait  - à défaut d'une intrigue prenante, ou alors parce que je soupçonnais que c'était temporaire. Enfin, il y a les livres qui sont ennuyeux car épousant comme quelque chose de l'ennui de la vie.

Et il y a l'ennui de celui qui par exemple serait obligé de regarder le one man show d'un comique qui ne le fait pas du tout rire.  Il n'y a rien de plus inégal que ce qui fait rire. J'en connais qui peuvent rire devant un sketch de Sylvie Joly (exemple pris au hasard, substituez le comique que vous voulez)  et d'autres lui témoigner tout au plus une indifférence polie. Cela ne me fait pas rire - dira-t-on avec justesse. Pour ce livre de Catherine Dufour, c'est un peu ce qu'il m'arrive.  Le livre est bien écrit et il y a des trouvailles en écriture. J'ai beaucoup souri en lisant l'histoire du chevalier Méthode, certains passages à droite et à gauche, certaines répliques bien senties. Mais l'intrigue ne m'a pas entraîné plus loin que cela et m'a vite ennuyé. Cela ne veut pas dire que le livre est dépourvu de qualités mais bon, je n'ai pas trop accroché. A vous de voir, à présent.

 

17.08.2009

Charles Stross "Crépuscule d'acier"

Stross Crépuscule d'acier.jpgIl faut que je vous avoue quelque chose à propos de ce livre.  J'ai commencé le livre de Stross il y a de cela plusieurs mois, J'ai dû lire quelque chose comme les cent premières pages puis j'ai laissé tomber. Quelques mois plus tard donc j'ai tout repris en me disant que c'était vraiment trop bête d'avoir laissé inachevé la lecture de ce livre. Et je l'ai fini cette fois. Ai-je bien fait ? Si les cent premières pages sont assez intéressantes, je me suis surpris à plusieurs reprises à m'ennuyer. Et au final,je me suis rendu compte que le livre de Stross faisait partie de cette catégorie de livres "prometteur mais ...".

Commençons par les points positifs:

- les téléphones qui tombent sur La Nouvelle République et demandent de l'information à ceux qui décrochent. Un tableau de Magritte revu et corrigé à la lumière de la civilisation de l'information (en ce sens on peut déjà dire que c'est un space opera surréaliste comme je l'ai lu chez Actu SF) . Tout ce qui tourne autour de ce Festival d'ailleurs est plutôt réussi.

- l'ambiance stalinienne de la Nouvelle République. Le début du roman  révèle une intrigue inattendue d'espionnage, c'est une bonne surprise.

- la touche de fun ça et là (je n'en dis pas plus pour ne pas dévoiler les petites surprises qui jalonnent la lecture)

A présent, ce qui finit par lasser:

- les détails techniques. Là l'auteur abuse vraiment et à force on s'ennuie. Exemple page 428:

Il regarda le compte à rebours fatidique. le croiseur de guerre se rapprochait de sa destination à une allure d'escargot à peine 40 k.p.s.. L'ennemi avançait vers eux à environ 200k.p.s., ralentissant toujours, mais leur propulsion diminuait - si cela continuait, à une vitesse acquise de 250k.p.s., leurs trajectoires se croiseraient dans environ 500 secondes, et ils seraient à portée de lancer de missiles 200 secondes avant cela.

- Une fois passé les cent premières pages, l'intrigue se relâche singulièrement (sans jeu de mot, ceux qui ont lu le livre comprendront !). C'est d'ailleurs pour cette raison que j'avais arrêté le roman la première fois. On s'ennuie quand même. C'est dommage, c'était bien parti.

Donc, au final, encore un roman qui certes n'est pas à jeter mais qui n'est pas l'oeuvre du siècle - si je puis m'exprimer ainsi - et qui laisse un peu sur sa faim.

World War Z

Max Brooks World war Z.jpgComme c'est les vacances, je voulais me faire plaisir en m'achetant un livre grand format. Et comme j'ai lu à droite et à gauche des comptes-rendus plutôt  positifs du livre de Max Brooks (cf. ci-contre), je l'ai acheté plutôt que, par exemple,  le dernier Spinrad (où les avis sont mitigés). J'ai été tenté, je le reconnais,  par Gagner la guerre de Jaworski (Janua Vera m'avait bien plu comme je vous l'ai dit dernièrement) ,   Trames  de Banks ou En panne sèche d'Eschbach,  mais j'ai tellement d'autres livres à lire avant que cela n'aurait pas été sérieux d'acheter trois livres en grand format pour au final ne les lire que lorsqu'ils seront réédités en poche !

Donc, parlons de World War Z.  Pour faire simple, ce livre est une (fausse) compilation de témoignages des quatre coins du monde faites par un agent de l'ONU. On sait d'emblée que la guerre a eu lieu, que l'humanité a passé un sale quart d'heure et qu'à présent les choses sont  en train de s'arranger.  Le livre est très agréable à lire et on peut tirer un coup de chapeau à son auteur pour avoir réussi à créer autant de témoignages différents et d'avoir donné une sorte de "complexité d'opinions" sur un même phénomène. On a par exemple le point de vue du citoyen lambda, du militaire ... etc. et bien entendu chacun voit les choses différemment, ne rend pas responsable les mêmes personnes de la contagion du phénomène zombie et ça c'est intéressant. Autre point intéressant du roman: le fait d'avoir en quelque sorte condensé en un livre la substance de plusieurs types de films de zombies.  La référence à Romero est assumé mais ce que je veux dire par là c'est que certains films de zombies insiste sur l'aspect gore, d'autres sur  l'aspect psychologique mais difficile dans un film de jouer sur tous les plans. Le livre de Max Brooks en ayant recours à des témoignages différents permet de concentrer un peu tous les aspects. Un bémol cependant et c'est peut-être le seul que je ferais: j'ai trouvé que la dimension militaire devenait trop importante voire quasi exclusive vers la fin du livre. Certes, on pourrait se dire que c'est normal vu que la fin de l'histoire c'est la guerre totale contre les zombies. Mais quand même: dans quelle mesure l'humanité a été changé  - ou pas -  par cette pandémie ? La notion d'Etat a-t-elle une chance de se réimposer après avoir démontré son incapacité à faire face à la menace ? ...etc. Parce que le livre de Brooks n'est pas qu'un simple divertissement mais que, quelque part, il interroge - mêe si c'est implicitement - ce qu'est l'homme, l'Etat face à une menace radicale, on regrette que le livre se cloture un peu trop tôt sans avoir un peu laissé entrevoir comment était l'humanité après un tel évènement apocalyptique.

World War Z est un livre hautement recommandable et alors que le risque de pandémie  refait régulièrement surface dans les médias (toute proportioins gardées bien entendu mais le parallèle est intéressant à faire) , ce livre nous rappelle que face à l'imprévu, ni l'Etat ni même son prochain ne sont à la hauteur.  

09.05.2009

Livre dernièrement lus

Je n'arrive pas à écrire aussi souvent que je le voudrais. Cela fait plusieurs jours que je veux mettre quelque peu à jour ce blog et pas moyen d'y arriver. Quand je me mets devant mon PC (pas tout le temps)  je fais d'autres choses. Et bien entendu, je vis. Je fais du violoncelle, du karaté, je travaille, je lis. Bref autant de choses qui remplissent facilement vos journées. Sans compter celles que je n'évoque pas ici. Comme l'avait fait le camarade Nébal une fois, je vais vous entretenir de mes dernières lectures - en bref. C'est une façon pour moi de garder un lien avec ce blog que je n'ai pas l'intention de laisser tomber même s'il m'est parfois difficile de le tenir régulièrement à jour.

oiseau moqueur sean stewart.jpgL'oiseau moqueur de Sean Stewart. La bibliothèque   municipale de Lille a eu la bonne idée de l'acheter. Je l'ai lu. Ouvrage envoûtant. Pourtant il ne se passe pas grand chose dans ce livre. Une femme enterre sa mère qui avait un don qu'on découvrira vite. La fille l'a aussi. Elle va devoir l'admettre et en même temps admettre sa mère contre qui elle s'est en quelque sorte construite. La description que je fais de ce roman paraît psychologique mais en fait il n'en est rien. Le roman est passionnant, l'auteur a vraiment l'art de vous planter une atmosphère, des personnages crédibles là dedans et il n'y a plus pour le lecteur qu'à lire et tourner les pages. Je me suis fait la réflexion en lisant ce livre qu'au final une histoire n'a pas forcément besoin d'être complexe, racoleuse pour être lue. Il faut surtout qu'elle soit bien racontée.

 

 

 

  

Couv200-12.jpgJ'avais oublié l'existence de ce roman de Silverberg jusqu'à ce qu'il paraisse en poche. Comme cela arrive parfois (les mauvaises langues diront souvent) chez Silverberg, ce n'est pas raté bien entendu mais ce n'est pas extraordinaire non plus. Juste correct. Il s'agit d'une uchronie, Silverberg imagine que l'empire romain ne s'est pas effondré et qu'il a perduré. L'auteur prend habilement des instantanés de certains moments qui sont datés soignusement en AUC (ab urbe condita: depuis la fondation de la ville), en fait, on a une succession de nouvelles plus ou moins réussies qui comme c'est souvent le cas font des clins d'oeil à notre histoire (on sent que l'auteur s'est fait plaisir sur ce coup là). C'est ainsi que le prophète de l'islam apparaitra dans une nouvelle sans pourtant contrarier la continuité de l'histoire romaine. Autre clin d'oeil : une histoire se déroulant à Venise - autre empire postérieur à Rome dans notre histoire -  une Venise romaine, ce qui étonne car s'il y a bien une ville d'importance en Italie qui n'a presque rien de romain, c'est bien Venise (avec la notable exception de la statue de la tétrarchie à l'angle de la basilique St Marc).  Si les nouvelles du début du roman sont plutôt réussies (Avec César dans les bas fonds ), on sent l'essouflement vers la fin: que dire d'un empire romain qui aurait duré jusqu' à aujourd'hui ? Qu'il passerait par des crises, des métamorphoses. Et une fois dit cela que dire de plus ? On sent que Silverberg n'est pas Asimov dans ce roman et qu'il ne peut pas pousser trop loin l'idée d'une civilisation mortelle ou pas. Ou qu'il ne le veut pas. Sans être raté, Roma aeterna aurait pu être plus fou, plus vertigineux. C'est au final une livre relativement sage. Qu'on emportera dans sa valise lors des prochaines vacances parce qu'il n'est pas trop exigeant et ma foi divertissant.

 

 

Janua Vera.jpg

 Si j'ai lu Janua Vera, c'est d'abord parce qu'il a eu le prix du Cafard cosmique en 2008 (cette année c'est Whittemore dont je vous ai déjà dit tout le bien que je pensais et en 2007 ). C'est déjà en soi un argument. Le fait qu'il soit en poche était un argument imparable pour le lire au plus vite. Cette suite de nouvelles qui puise à différentes inspirations, les pastichant tout en créant du neuf (exercice quand même difficile) est une agréable surprise et n'a pas volé la reconnaisance du vénérable cafard. Les huit nouvelles  nous promènent entre le ton épique  (première nouvelle qui porte d'ailleurs le nom de Janua Vera se se fend clairement d'un extrait de St John Perse en exergue), le roman de Chrétien de Troyes, l'ambiance florentine qu'un Machiavel n'aurait pas désavoué. La promenade est agréable et on se surprend à en redemander. Ce qui soit dit en passant ne sera pas trop difficle, vient de paraître Gagner la guerre qui se situe dans le même royaume imaginaire aux Moutons électriques.

  Voilà, je vous laisse ici pour aujourd''hui et j'espère ne pas  m'absenter trop longtemps  d'ici la prochaine note. Merci à ceux qui laissent un commentaire et merci pour votre patience !

22.02.2009

John Varley "Gens de la lune"

varley Gens de la lune.jpgLe livre de John Varley Gens de la lune sans être une franche réussite n'est pas non plus un livre complètement raté.  Ben oui, il y a des livres comme ça qui sans être forcément géniaux se laissent lire sur des dizaines de pages avec beaucoup de plaisir puis un peu d'ennui puis à nouveau un peu de plaisir. Ce livre en fait partie et du coup, il n'est pas évident de le recommander ou au contraire de le déconseiller.

Les premières lignes, volontairement provocatrices, mettent d'emblée dans l'ambiance: "Dans cinq ans, le pénis sera obsolète , déclara l'attaché commercial." On se demande d'ailleurs au passage si John Varley n'a pas fait un pari avec quelqu'un pour figurer au concours des premières lignes d'un roman les plus aguicheuses. Mais passons.

Un personnage principal attachant. Hildy. Le fait qu'il/elle change de sexe nous vaut quelques pages intéressantes sur ce que cela change d'être un homme ou une femme. Par exemple: Pour tout dire, il me semble que si une femme peut porter à peu près n'importe quoi, il y a tout un tas de vêtements dans lesquels un homme a l'air d'un idiot. Exemple type: la robe fourreau, le genre qui descend aux chevilles, éventuellement fendue jusqu'au genou. mettez-la sur un corps d'homme et le pénis rompra d'une bosse cette ligne fluide (...) ce type précis de vêtement a été conçu pour mettre en valeur les lignes d'un corps féminin, des courbes et non des angles.

 

Le fait que notre personnage se cherche tout au long du roman est un point fort du livre car le lecteur est entraîné dans les contradictions de la société lunaire dans lesquelles on déambule durant près de 872 pages (de poche). Mais on a du mal parfois à voir où l'auteur veut en venir et en finir et on se lasse au détour de quelques pages, comme si le roman manquait quand même d'un peu plus d'unité. Alors bien sûr, il y a l'humour ravageur de John Varley et quelques répliques culte du style:

- Tu veux venir ?

- Franchement, Hildy, je crois que j'aimerais encore mieux regarder sécher du plâtre. 

Il y a des passages marrants, d'autres assez fun mais cela n'empêche pas le lecteur d'écraser un baillement de temps à autre. Donc à vous de voir. C'est peut-être un livre à lire durant l'été, le style de livre qu'on laisse et qu'on reprend au gré de ses envies. A vous de  voir.

04.01.2009

"La séparation" de Priest

Priest La séparation.jpgOù est au juste la séparation ? Dans ce que nous lisons qui semble s'être séparé de la version officielle de l'histoire ? Les jumeaux qui se sont séparés en suivant des chemins opposés ? La négociation d'une paix séparée ? A moins que quelque chose d'autre nous ait échappé  ? Ce qui est bien avec Priest et je l'ai constaté aussi bien avec Le Prestige que La Séparation (je me limite bien entendu aux textes récents), c'est que cet auteur ne cède jamais à la facilité. Écrire ce qui semble être dans une première approche un énième récit qui se déroule aux abords de la guerre 39-45 et le rendre intéressant, osons même dire captivant, c'est déjà pas mal. Mettre en sourdine un petit quelque chose de troublant, quasi malsain qui nous fait dire qu'il y a quelque chose qui cloche, c'est encore mieux. Faire en sorte que son lecteur se dise jusqu'aux dernières lignes: mais comment va-t-il faire pour s'en sortir ? C'est quoi le fin mot de tout cela ? Là, c'est du grand art.

 

La Séparation est un roman qu'on a du mal à lâcher une fois bien entamé. Parce qu'on veut savoir comment le prestigitateur Priest va s'en sortir. Et bien entendu Priest ne s'en sortira pas comme on s'y attendait. Et c'est là le plus important.

Ne pas rater une fois le livre lu la chronique ici en attendant que le vaillant Nébal s'y colle.

Prochain compte-rendu à venir: Delany et Varley.

Et bien entendu une bonne année 2009 à ceux qui me lisent.

30.12.2008

Terror de Dan Simmons

lafterreur.jpgIl y a une certaine indécence non dénuée de volupté (même pas honteuse) dans le fait de lire le gros pavé de Dan Simmons Terror bien au chaud sous les couvertures alors qu'au dehors il fait, à tout casser, -5°C - ce qui somme toute est fort éloigné des températures arctiques dont il est question dans ce livre. Terreur nous raconte en effet sur près de 700 pages l'histoire d'un échec total et tragique : celui de l'expédition (dite expédition Franklin) de deux navires - le HMS Terror et HMS Erebus  - qui quittent triomphalement le Royaume Uni en 1845 pour explorer l'arctique  (je simplifie là) pour s'y retrouver finalement coincé sans espoir de retour. A la pression de la glace sur les navires (qui fait que l'équipage ne peut attendre un improbable dégel) s'ajoute très vite une découverte affreuse: les boîtes de conserve sont impropres à la consommation (plus tard, on parlera de plomb et de saturnisme, cette maladie qui provoque entre autres des crises d'hallucination ...)

Voilà le décor est planté et tout le reste du roman nous décrira le quotidien glacial de ces hommes dans lequel intervient (mais est-on dans la réalité ? Ou est-ce un fantasme né de la privation de nourriture et du froid extrême ? Du saturnisme ???) une bête qui (comme si cela ne suffisait pas ...) décime les survivants. Beaucoup de compte-rendus sur internet insiste sur cet aspect du livre et parle d'horreur (de fait, Simmons a bien intitulé son livre Terror) mais on serait dans l'erreur en croyant que nous sommes dans un roman du style Stephen King. Ici ce qui fait l'horreur c'est la lente descente aux enfers, décrite minutieusement par l'auteur avec un luxe de détails. On sait très bien comment l'histoire va finir, on sait que les hommes vont tout faire pour garder jusqqu'au bout une part d'humanité (admirable au passage sont les pages où l'on voit le capitaine Crozier se plier au rite de la cérémonie religieuse en lisant une page du Léviathan de Hobbes dont on connaît le pessimisme sur la nature humaine) et résister au cannibalisme mais on lit, fasciné, par cette histoire pourtant prévisible de A à Z (ou presque).

Terreur est bien écrit et traduit. Le lecteur est invité à être plus intelligent qu'il n'est (le signe des bons livres) et à se familiariser avec le langage de la marine et du monde arctique si ce n'est pas le cas (prévoir un dictionnaire pas trop loin de soi au début ). Il achèvera sa lecture en se disant qu'un de ces quatre, ce serait bien qu'il lise Tragédies polaires de Pierre Vernay comme lui conseille le traducteur (deux mini bibliographies achèvent le livre, une de l'auteur et une autre du traducteur - une attention  franchement bienvenue pour le lecteur qui a envie d'en savoir plus). A une époque où l'on parle de fonte des glaces et de  domaines  exploitables, il est bon d'aller à contre courant et de se rappeler à quel point l'arctique  est une terre inhospitalière (avec ou sans créature blanche !).

17.03.2008

"Je suis une légende" et Charlie Jade

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Bon, je ne vous en avais pas parlé auparavant mais j'ai vu Je suis une légende, le film adapté du livre de Matheson. Et pour être honnête, autant dire que ce n'est pas terrible. Franchement, je ne vois pas trop l'intérêt de cette adaptation - mis à part, rêvons un peu, de donner à lire le livre de Matheson. Evidemment, je suis un peu coincé pour m'expliquer car il faudrait que je vous parle de la fin du film et de celle du livre qui divergent. Or,  je ne supporte pas de raconter la fin d'un livre (quel intérêt de le lire sinon ?) ou d'un film (à moins que ce soit un navet intersidéral mais ce n'est quand même pas le cas ici). Donc, sans trop en dire, disons que la fin du livre est plus intelligente et ne sacrifie pas au happy end de rigueur mais distille quelque chose de plus angoissant. La fin du livre comme du film explique le titre (Je suis une légende) mais avec plus d'intelligence et de subtilité du côté livre que du côté film. Enfin, le chien n' a pas du tout le même rôle dans le livre et dans le film et question subtilité, c'est le livre qui l'emporte. Bref, adapter Je suis une légende, pourquoi pas, et on se doute que la problématique de cette adaptation était de donner un peu de matière au livre (pas trop épais), donc il fallait faire des choix. mais la moindre des choses aurait été  de respecter au moins la fin du livre au lieu d'en substituer une plus formatée aux goûts du téléspectateur moyen (mais ne le crée-t-on pas à force de lui donner à voir des films formatés ???).

 

1336814343.jpgSinon, je suis en train de regarder le début de Charlie Jade (20 épisodes en tout) et ça me plaît bien plus (pourtant c'est un série télé et non un film "grand spectacle"). Evidemment, il y a des emprunts à l'esthétique de Blade Runner (mais qui n'a pas piqué un peu à Blade Runner ?) . L'aspect clip peut énerver et d'autres détails (que je passe sous silence pour faire bref) n'en font pas un chef d'oeuvre absolu. Reste que cette histoire d'univers parallèles est plus plaisante car moins formatée que Je suis une légende dont je vous entretenais plus haut. Si vous avez l'occasion de voir les deux premiers épisodes, vous saurez vite si vous aimez ou non. N'hésitez pas.

06.11.2007

"Le goût de l'immortalité" Catherine Dufour

0585208e761f4fe9a53310b0c3d9e46b.jpgPour six euros (ou moins si votre libraire pratique la réduction de 5 %), on peut trouver en librairie un vrai petit bijou. Son titre: Le Goût de l'immortalité.  Achetez-le avant qu'il ne soit plus disponible (les titres en poche ne sont pas éternels non plus), à la limite achetez-le pour le lire plus tard. Vous ne le regretterez pas - foi de spitz japonais.

 

 

La quatrième de couverture nous informe que ce roman a reçu de nombreux prix. On comprendra pourquoi en le lisant (et assez vite d'ailleurs, pas besoin d'attendre la fin du livre pour en sentir sa qualité). Ne sachant comment appâter le lecteur potentiel, la quatrième de couverture (ma bête noire, ceux qui me lisent depuis un moment le savent) vante un roman étrange - comme si les qualificatifs habituels de rigueur (du style: un space opera époustoufflant !) ne pouvaient correctement cerner Le Goût de l'immortalité. C'est déjà un bon premier signe: la quatrième de couverture est embarassée devant l'oeuvre qu'elle est censée vendre.

 

Le Goût de l'immortalité est une longue lettre écrite par une dame âgée qui a un style un peu suranné, précieux mais en même temps élégant avec des formules désabusées et concises comme: "A mon âge la culpabilité, si elle existe, n'est qu'une façon comme une autre de tromper l'ennui". Catherine Dufour affirme avoir pastiché entre autres Les Mémoires d'Hadrien de Yourcenar mais on sent de nombreuses autres influences (j'ai reconnu entre autres Tchouang Tseu), la plus ironique étant , je trouve,  celle des moralistes du 17ème siècle (il y a un petit côté La Rochefoucauld derrière certaines phrases) . Toujours est-il que c'est diablement bien écrit, on se surprend parfois à s'arrêter sur une phrase bien tournée, pleine de finesse et d'esprit - ce qui fait d'ailleurs que la noirceur de l'histoire est en quelque sorte neutralisée par l'écriture (et c'est peut-être ça le goût de l'immortalité, l'antidote aux horreurs que l'on va lire, non ?) .

 

J'ai lu à droite et à gauche que le livre de Catherine  Dufour était noir, qu'il confinait à quelques endroits à l'insoutenable. Moi qui suis une âme sensible  incapable de regarder un film avec un enlèvement d'enfant (on ne se moque pas), j'avoue ne pas avoir trouvé l'histoire si noire que cela. Ou pour être plus exact pas noire au point que j'en vienne à lâcher le livre et à le reprendre le lendemain ou des jours après. Même s'il y a des horreurs qui nous sont racontées (elles nous sont annoncées dès les premières pages du roman), elles sont en quelque sorte neutralisées comme je le disais plus haut par une écriture intemporelle. On se laisse porter par les périodes régulières, parfois un peu académiques, de l'écriture et les horreurs rapportées ont un goût de Sic transit gloria mundi - racontées par un historien plus intéressé par son style que ce qu'il raconte. Pour prendre une analogie qui vaut ce qu'elle vaut, c'est un peu comme quand on lit Suétone nous racontant les perversités de l'un des douze césars - on aurait tendance à oublier que c'est de l'histoire et à le prendre comme un élément de fiction auquel on ne croit qu'à moitié. Il y a un peu de cela dans Le Goût de l'immortalité de Catherine Dufour.

 

Pour rester fidèle à mes habitudes, je ne vous raconterai pas plus le détail de l'histoire, je vous laisse le plaisir de la lecture et de sa découverte. A la différence de Suétone, le roman de Catherine Dufour se déroule ni dans le présent ni dans le passé mais dans le futur. Ce n'est pas évident de bâtir une histoire dans le futur. On risque toujours le ridicule si le moindre élément n'est pas crédible. Or, là, tout est crédible. Celui qui est cultivé dans le domaine de la SF saura reconnaître des variations sur les romans d'anticipation de Brunner ou plus évident  encore Les Monades urbaines de Silverberg, le tout réactualisé avec les dernières inquiétudes écologiques et économiques. Ces variations SF venant s'entremêler à des pastiches littéraires font du livre de Catherine Dufour un point de recontre entre la littérature dite blanche et celle d'anticipation - un objet rare donc comme je vous disais.

 

En bref, plutôt que d'aller acheter aveuglément le dernier prix Goncourt, tentez une aventure à six euros (voire moins), lisez  Le Goût de l'immortalité. Vous ne le regretterez pas.

03.11.2007

Deepsix de Jack McDevitt chez Le cafard cosmique

a565e793cec5f503c76eac7b6c24ed97.jpgLe spitz japonais aime bien Jack McDevitt mais il a trouvé Deepsix un peu moins bien que Les Machines de Dieu. Il s'en explique . Voilà (ce sera tout pour aujourd'hui, il faut savoir faire bref parfois).

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