17.04.2008
Discographie sélective pour découvrir la muisque classique indienne (2)

On continue donc la petite discographie sélective de la musique indienne avec un CD qui ne doit se trouver que d'occasion : Raga pour la saison des pluies. La chanteuse Sulochana Brahaspati est accompagnée du sarangi et non de l'harmonium - ce qui à l'oreille change tout. C'est très lent au début et on a tout le temps de bien sentir la langueur de la chaleur et la délivrance de la mousson. L'évènement climatique (l'arrivée de la mousson) est d'emblée traduit comme un phénomène spirituel, une délivrance de l'âme de tout ce qui lui pèse. C'est très beau.
Je n'ai pas mis d'exemple de voix masculine, j'aime bien les enregistrements de Ram Chatur Malik (1906-1990, c'est lui
sur la photo ci-contre) mais on trouve bien peu de disques de lui en France. Il y a d'ailleurs de ce point de vue un effet trompeur qu' a amené le CD: les voix les plus connues en France ne sont pas forcément celles qui le sont en Inde. Kishori Amonkar (dont vous voyez de l'autre côté "l'album" The Joy of surrender que je recommande vivement bien entendu ) est très connue en Inde mais beaucoup moins en France car elle est restée essentiellement en Inde. Ce qui ne veut pas dire que ses qualités de chanteuse khyal soit moindre, au contraire !!!
Je m'arrête là pour aujourd'hui mais dès que j'aurais l'occasion de reprendre cette discographie, je vous ferais part de quelques autres CD à ne pas rater.
20:19 Publié dans Découvertes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : musique classique, inde
16.04.2008
Discographie sélective pour découvrir la muisque classique indienne (1)
Il ne faut pas croire que tout se trouve en mp3. Il y a de la musique qu'on ne trouve, plutôt qu'on ne trouvait qu'en CD et qu'il faut bien chercher aujourd'hui pour trouver légalement en mp3 (illégalement vous avez peu de chances de trouver). Cela fait longtemps que je ne vous ai pas offert un billet d'une longueur conséquente. Comme ma thèse sur la philosophie gréco-arabe est (très) temporairement au point mort, que mes lectures de science-fiction se limitent aux recueils de nouvelles de Silverberg (qui m'ennuient quelque peu), que d'ailleurs je ne lis rien d'intéressant au point de vous en parler ici, je vais vous entretenir d'une de mes grandes passions: la musique indienne.
Petite anecdote pour commencer: une fois j'ai fait écouter à un novice de la musique classique indienne (depuis mon lecteur mp3), il m' a dit: tu écoute des trucs bouddhistes, toi ? No comment ... Voilà cependant qui en dit long sur l'état moyen des connaissances du français de base sur la musique indienne. Bien sûr, on connaît le nom de Ravi Shankar, on entend grosso modo le son d'un sitar, beaucoup moins celui d'un sarod, d'une vina. On connaît le terme raga et les choses s'arrêtent là. Musique trop longue (le alap - morceau introductif sans tabla avec un simple "bourdon" donné par une tanpûra peut atteindre une heure), qui demande un effort auditif trop poussé (les notes sont données en ordre dispersé et il faut très longtemps avant qu'une amorce de mélodie puis un semblant de mélodie émerge d'une ligne mélodique volontairement lente) sans être intellectuel (pas besoin de réfléchir comme chez Bach si c'est le même motif une quarte ou une quinte en dessous), voilà de quoi faire fuir bien des personnes habituées à une logique musicale tonale linéaire accidentée de quelques modulations (prévisibles quand on est bon musicien ou bon mélomane).
Je suis un grand passionné de musique indienne. Si j'habitais Paris, j'aurais déjà acheté un sitar et pris des cours (seulement j'habite Lille et ici, à ma connaissance il n'y a rien, quant à Paris, je recherche toujours les bonnes adresses, si vous en avez n'hésitez pas à me laisser vos informations en commentaire, c'est un projet que je continue à entretenir). A défaut, j'écoute. Et voilà la discographie ultra sélective que je vous recommanderais vivement.

C'est donc un CD qui n'est plus disponible à la vente à ma connaissance (sans doute peut-on le trouver d'occasion en le cherchant bien) où l'on entend le joueur de sarod K. Sridhar (je vous mets en lien son site). Le alap est très lent, met petit à petit chaque élément sonore en place. Évitez d'écouter ce alap dans un bus bondé, il faut du silence pour entendre que le joueur utilise les notes ainsi que la résonance des notes qui poursuit dans le presque silence la mélodie (on a l'impression de suivre visuellement une bulle de savon qui se forme puis s'envole - l'image n'est pas terrible et traduire la musique par des images de toute façon donne rarement des bonnes choses si ce n'est des platitudes, mais je n'ai rien trouvé de mieux pour essayer de faire passer ce que j'ai entendu dans ce alap: des notes qui apparaissent, s'envolent jusqu'à ce qu'on ait renoncé à chercher quelque chose si ce n'est se laisser porter par la musique). Le début est magnifique dès l'instant où on a réussi à accrocher et on en ressort transfiguré. Je n'ai jamais entendu l'équivalent ailleurs.
Toujours l'Inde du Nord, un coffret avec deux CD(s) qu'on trouve je crois encore à la vente: Voyage intérieur, Sheila Dhar (Ocora, Harmonia Mundi). C'est une chanteuse envoûtante et là aussi j'écoute surtout le alap qui se trouve sur le premier CD. Elle n'est pas accompagnée de ce fameux harmonium (avec lequel j'ai un peu de mal, ça ne me dérange pas dans les musiques rythmées du Pakistan - le Qawwali, mais je préfère nettement l'accompagnement au sarangi ou sans rien d'autre que le bourdon du Tanpûra qu'à l'harmonium) qui fait perdre (avis purement subjectif) beaucoup de subtilités. Le titre donné par Ocora au double CD de Voyage intérieur convient très bien à ce qu'on va attendre. c'est un grand poncif que la muisque permet de s'évader, de voyager. Cela m'a toujours fait sourire : quitte à voyager, il y a mieux que la musique, non ? A commencer par le voyage lui-même ! Sauf que la musique indienne, c'est une sorte de décentrement par rapport à ce que l'on est à tel instant (avec ses soucis, la quotidienneté comme dirait Heidegger) pour atteindre un autre état du moi qui nous délivre de nos soucis. Le moi est plus vaste que ce que l'on croit - voilà ce qu'en un certain sens (et beaucoup de guillemets), nous démontre la musique indienne. Et du coup la notion de voyage intérieur prend tout son sens. Toujours est-il que pour en revenir à Sheila Dhar, c'est apaisant, ça nous réconcilie avec tout. C'est à écouter.
La suite prochainement.
22:00 Publié dans Découvertes | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : inde, musique, sarod, hindustani
24.03.2008
Les mystères d'Harris Burdick


La cinquième s'est arrêtée en France. Voici la légende qui accompagne ce dessin. Et c'est tout. A nous d'imaginer la suite (ou ce qui précède). Dans le monde anglo saxon et même chez nous (une recherche sur google vous en persuadera), les mystères de Harris Burdick servent de support à des rédactions. Et on ne peut que s'en féliciter. Une simple suite d'images inquiétantes (mais bien moins glauques que celles de Kubin qui ne sont pas pour des enfants) et notre imaginaire est stimulé. Si un de ces quatre vous devez offrir à un enfant un cadeau, ne vous ruinez pas en jouets forcément, pensez à Harris Burdick.

Et je vous laisse sur Venise dont je vous parlais il n'y a pas si longtemps.
09:53 Publié dans Découvertes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : harris burdick
23.03.2008
Kubin - hélas trop méconnu
C'est peut-être parce qu'Alfred Kubin est un artiste qui reflète l'angoisse contemporaine à travers des éléments fantastiques traditionnels qu'il n'est pas aussi connu qu'il mériterait de l'être. C'est un tort. A l'instar des Mystères de Harris Burdick (une série d'images inquiétantes assorties d'une légende, dans le monde anglo-saxon, ce livre sert de support aux rédactions des écoliers - vous avez l'image une légende, imaginez l'histoire complète), les oeuvres de Kubin sont autant de points de départ dans l'imaginaire fantastique. Prenez la bestiole ci contre: quoi de plus attendrissant normalement qu'une maternité ? Mais plus on regarde l'image, plus on est mal à l'aise, on se dit: c'est quoi ça ? ça existe ? Et ça se reproduit ??? L'horreur ! Dans le même style, autre gravure intitulée (très ironiquement) Créature merveilleuse. Ironie du titre, pour rien au monde, on n'irait caresser la bébête soi disante merveilleuse. Point de merveilleux - bienvenue dans l'époque contemporaine qui a aboli le merveilleux au profit d'un vide angoissant.

J'ai cherché (en vain) sur internet la reproduction d'Une gueule où l'on voit toute une série de personnages de fantasy sortir à l'aide d'une corde d'une bouche de la terre. En regardant plus longuement la gravure, on se rend compte qu'en fait il est impossible de déterminer si les personnages sortent de la bouche ou s'ils sont aspirés par elle. Malaise ! En fait, regarder les oeuvres de Kubin, c'est être à des milliers d'années lumières de la fantasy bon enfant où dans un milieu aseptisé, de charmants personnages se côtoient. C'est pour cela qu'il n'est pas si connu et apprécié que cela. c'est pour cela que moi que je l'aime bien.

11:48 Publié dans Découvertes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : alfred kubin





