27.02.2009
A l'époque où Venise n'était pas à la mode
Si vous ne connaissez pas Jules-Romain Joyant, celui à qui Théophile Gautier avait cru donner un coup de pouce en surnommant le "Canaletto français" ( à l'époque on ne disait pas encore faire du buzz), ne vous inquiétez pas, je ne suis pas sûr que vous soyez passé à côté de grand chose à moins que vous ne soyez un grand fan de Venise, de l'art qui s'y rapporte, qu'il soit bon ou mauvais. Toujours est-il que le fait qu'il soit mort des suites de maladies contractées par des séjours prolongées à Venise force l'admiration. Au moins aimait-il ce qu'il faisait le bonhomme !
Toujours est-il que je suis bien content de continuer ma thématique de la semaine "ces artistes mineurs dont on parle si peu" en citant une lettre de lui (trouvé au détour d'un ouvrage mais laissons les détails), lettre intéressante car le peintre s'y plaint de la mode qui sévit à son époque - celle d'aller à Rome.
Je cite: Je ne puis concevoir la folie de ces peintres qui courent en foule à Rome pour peindre ces misérables ruines (sic !) qui sont faites, refaites et connues de l'univers entier (re-sic !) , tandis que cette ville-ci (c.a.d Venise - vous avez suivi je suppose) renferme des beautés de genre tout à fait original et cent fois préférables (comme pittoresques) à tout ce que l'on peut trouver à Rome, pas un seul ne s'y arrête pour y étudier; quelques uns seulement lui font a grâce de la venir visiter et la quittent au plus tôt.
C'est bien entendu complètement injuste et plein de mauvaise foi, ce qui fait tout l'intérêt du passage. Notons cependant qu'à l'époque Venise est une ville désertée et décrépite - du moins de réputation. Quelqu'un comme Chateaubriand y passe sans être charmé: on ne peut faire un pas sans être obligé de s’embarquer et l’on est réduit à tourner dans d’étroits passages plus semblables à des corridors qu’à des rues. C'est une ville contre-nature nous dit-il - le mot est resté même si Chateau braind, retournera à Venise et nuancera son jugement.
Tiens, pour ceux que cela intéresse, un blog sur le thème de la littérature et Venise que je viens de découvrir en passant: http://laveniselitteraire.midiblogs.com/. Sinon, il y a l'incontournable TraMeZziniMag.
09:19 Publié dans Voyage en Italie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : joyant, venise, rome















Commentaires
Outre le président de Brosses qui a du connaitre la Venise décadente des dernières années de l'Ancien Régime, il faudrait tout de meme signaler Barrès, dans amori et Dolori via Sacrum, je crois, évoquant dans untrès beau texte "Le conseil des dix de Venise", les grands esprits qui ont créé le mythe, et y ajouter pour ses plus fantastiques contes Henri de Régnier -Histoires Incertaines, bien sur, mais aussi un chef d'oeuvre dans les Contes d'Es^pagne(?) et d'Italie, beaucoup moins courus.
Gautier est beaucoup plus classique en peinture qu'en littérature. Les dessins conservés de lui, et publiés, ne vont pas au delà d'un trés honnete niveau technique. Peut etre est-ce cette absence de génie liée à la connaissance technique qui le fait s'enticher de peintres certes honorables, mais de second rang: Joyant, mais aussi Daniel Vierge, et meme Mariano Fortuny (?) , hispanisant de bonne famille, à la différence d'édouard Manet.
Il n'empeche, ces maitres valent d'etre redécouverts, celui-ci particulièrement, quand on connait les trés fabriquées Funérailles du titien, qui passèrent à l'époque pour une grande peinture, et que le Louvre des années Lang n'a pas résisté au plaisir pervers d'acheter. Là, c'est une Venise de mélodrame....
Continuez dans les"Maitres du second rayon"
Bien à vous.
MC
Ecrit par : court | 27.02.2009
Merci pour toutes ces précisions, particulièrement pour l'éclaircissement sur Théophile Gautier. Il faudra que je lise le texte de Barrès un de ces quatre, je l'ai souvent vu cité !
Ecrit par : Le spitz japonais | 28.02.2009
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