30.12.2008
Terror de Dan Simmons
Il y a une certaine indécence non dénuée de volupté (même pas honteuse) dans le fait de lire le gros pavé de Dan Simmons Terror bien au chaud sous les couvertures alors qu'au dehors il fait, à tout casser, -5°C - ce qui somme toute est fort éloigné des températures arctiques dont il est question dans ce livre. Terreur nous raconte en effet sur près de 700 pages l'histoire d'un échec total et tragique : celui de l'expédition (dite expédition Franklin) de deux navires - le HMS Terror et HMS Erebus - qui quittent triomphalement le Royaume Uni en 1845 pour explorer l'arctique (je simplifie là) pour s'y retrouver finalement coincé sans espoir de retour. A la pression de la glace sur les navires (qui fait que l'équipage ne peut attendre un improbable dégel) s'ajoute très vite une découverte affreuse: les boîtes de conserve sont impropres à la consommation (plus tard, on parlera de plomb et de saturnisme, cette maladie qui provoque entre autres des crises d'hallucination ...)
Voilà le décor est planté et tout le reste du roman nous décrira le quotidien glacial de ces hommes dans lequel intervient (mais est-on dans la réalité ? Ou est-ce un fantasme né de la privation de nourriture et du froid extrême ? Du saturnisme ???) une bête qui (comme si cela ne suffisait pas ...) décime les survivants. Beaucoup de compte-rendus sur internet insiste sur cet aspect du livre et parle d'horreur (de fait, Simmons a bien intitulé son livre Terror) mais on serait dans l'erreur en croyant que nous sommes dans un roman du style Stephen King. Ici ce qui fait l'horreur c'est la lente descente aux enfers, décrite minutieusement par l'auteur avec un luxe de détails. On sait très bien comment l'histoire va finir, on sait que les hommes vont tout faire pour garder jusqqu'au bout une part d'humanité (admirable au passage sont les pages où l'on voit le capitaine Crozier se plier au rite de la cérémonie religieuse en lisant une page du Léviathan de Hobbes dont on connaît le pessimisme sur la nature humaine) et résister au cannibalisme mais on lit, fasciné, par cette histoire pourtant prévisible de A à Z (ou presque).
Terreur est bien écrit et traduit. Le lecteur est invité à être plus intelligent qu'il n'est (le signe des bons livres) et à se familiariser avec le langage de la marine et du monde arctique si ce n'est pas le cas (prévoir un dictionnaire pas trop loin de soi au début ). Il achèvera sa lecture en se disant qu'un de ces quatre, ce serait bien qu'il lise Tragédies polaires de Pierre Vernay comme lui conseille le traducteur (deux mini bibliographies achèvent le livre, une de l'auteur et une autre du traducteur - une attention franchement bienvenue pour le lecteur qui a envie d'en savoir plus). A une époque où l'on parle de fonte des glaces et de domaines exploitables, il est bon d'aller à contre courant et de se rappeler à quel point l'arctique est une terre inhospitalière (avec ou sans créature blanche !).
10:38 Publié dans Science-fiction | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : dan simmons, terror, terreur















Commentaires
Curieux comme il y a un cycle en histoire! Cette catastrophe, largement oubliée, frappa l'imaginaire d' un Jules Verne qui y fait fréquemment référence soit dans Hatteras, soit dans le Pays des Fourrures, puis plus rien, puis Simmons....
Il faudrait s'interroger, à propos de ce dernier, sur l'évolution de certains auteurs qui commencent par la science fiction, puis finissent dans le roman traditionnel. Simmons maintenant, mais aussi Caroll, Priest, ou Ballard.Y aurait-il un effet marchepied, utilisant la SF pour aboutir , avec des bonheurs trés divers - cf " L 'Archange de Vienne", à un roman plus classique, supposé etre plus respectable?
Bien à vous, et au plaisir de vous lire.
Ecrit par : court | 31.12.2008
Chef-d'oeuvre.
Chef-d'oeuvre, chef-d'oeuvre, chef-d'oeuvre.
Heureux de te retrouver, au passage ; je commençais à me poser des questions... :)
Ecrit par : Nébal | 31.12.2008
Rien de bien littéraire, mais, en ce début de nouvelle an,tous mes voeux de bonne année, et de bonne santé -hic jacet lupus?-
Bien à vous;
M.Court
Ecrit par : court | 02.01.2009
Content de voir que le Spitz est de retour !
Bonne Année !
Ecrit par : stephane | 03.01.2009
- Salut Stéphane et Nébal, c'est toujours un plaisir d'être lu par vous deux. Je vais essayer d'être plus présent ici et de livrer davantage d'articles. Bonne année à tous les deux !!!
- Mr Court: meilleurs voeux également. Pour vous répondre, je dirais dans le cas de Simmons (on va se limiter à lui) qu'il y a chez lui une volonté de ne pas respecter les frontières littérature blanche/SF. Hypérion, son premier coup de maître, c'est après tout le titre d'une oeuvre de Keats. "L'échiquier du mal" c'est bien peu de la SF. Je n'ai pas lu Olympos/Illium (basé sur Homère) mais d'après ce que je lis à droite et à gauche le dépassement de la frontière SF/littérature blanche n'est pas toujours une réussite.
Bien entendu, il y a une réalité économique et qu'en termes de reconnaissance sociale (les prix littéraires !) la littérature blanche est /doit être plus valorisante que de la SF. Je remarque que du côté des éditeurs on vend parfois en littérature blanche ce qui aurait pu être vendu en SF et vice versa. Je dis tout cela comme ajout à ce que vous disiez mais bien entendu il est fort possible que l'on utilise la SF comme marchepied vers une littérature plus valorisante. Mais pas pour Simmons à mon humble avis ^^.
Qu'est-ce que tu en penses Nébal ? et toi Stéphane ?
Ecrit par : Le spitz japonais | 04.01.2009
Bonjour Spitz,
Et meilleurs vœux pour 2009 !
Dan Simmons est un des mes auteurs préférés, avec lui je suis presque sur de passer un bon moment. Les meilleurs moments je les passe quand il jouer sur la frontière, j'ai lu les deux premiers Hypérions sans me trouver transporter.
J'ai été ému en lisant les Larmes d'Icare, acheté croyant trouver de la SF sur une recommandation sur le seul nom de l'auteur. J'invite à lire ce petit livre, il est touchant émouvant et bien loin de l'Epée de Darwin qui me laisse un peu froid. Un autre DS qui m'a touché, fait mal même, fut le Chant de Kali sont premier roman. La description de Bombat est terrifiante...
Ecrit par : Byzance | 04.01.2009
Bonjour Byzance et meilleurs voeux également pour 2009 (soit dit en passant, j'ai bien reçu ton mail et j'espère te répondre bientôt !). Merci pour tes recommandations de lecture, je m'attaquerais à ces deux livres de Simmons un de ces quatre.
Ecrit par : Le spitz japonais | 05.01.2009
Orthographe et syntaxe déplorable. Mea culpa, mea maxima culpa.
Ecrit par : Byzance | 05.01.2009
Tu es excusé pour l'orthographe car une fois le commentaire posté on ne peut rectifier une faute. Je suis de ce point de vue in omnia paratus ! ^^
Ecrit par : Le spitz japonais | 06.01.2009
Une chronique concise et juste qui recadre bien les choses.
"Ici ce qui fait l'horreur c'est la lente descente aux enfers, décrite minutieusement par l'auteur avec un luxe de détails. On sait très bien comment l'histoire va finir": il faudrait l'expliquer à ceux qui trouvent que le livre "terreur" il fait finalement pas très peur.
"A une époque où l'on parle de fonte des glaces et de domaines exploitables, il est bon d'aller à contre courant et de se rappeler à quel point l'arctique est une terre inhospitalière (avec ou sans créature blanche !): c'est clair, merci la littérature de nous faire revivre l'hostilité et l'inconnu de ces contrées du monde à l'ère du google earth !
Ecrit par : vegapunk | 23.02.2009
Nous sommes d'accord, je n'ai rien à ajouter !
Ecrit par : Le spitz japonais | 23.02.2009
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