06.11.2007

"Le goût de l'immortalité" Catherine Dufour

0585208e761f4fe9a53310b0c3d9e46b.jpgPour six euros (ou moins si votre libraire pratique la réduction de 5 %), on peut trouver en librairie un vrai petit bijou. Son titre: Le Goût de l'immortalité.  Achetez-le avant qu'il ne soit plus disponible (les titres en poche ne sont pas éternels non plus), à la limite achetez-le pour le lire plus tard. Vous ne le regretterez pas - foi de spitz japonais.

 

 

La quatrième de couverture nous informe que ce roman a reçu de nombreux prix. On comprendra pourquoi en le lisant (et assez vite d'ailleurs, pas besoin d'attendre la fin du livre pour en sentir sa qualité). Ne sachant comment appâter le lecteur potentiel, la quatrième de couverture (ma bête noire, ceux qui me lisent depuis un moment le savent) vante un roman étrange - comme si les qualificatifs habituels de rigueur (du style: un space opera époustoufflant !) ne pouvaient correctement cerner Le Goût de l'immortalité. C'est déjà un bon premier signe: la quatrième de couverture est embarassée devant l'oeuvre qu'elle est censée vendre.

 

Le Goût de l'immortalité est une longue lettre écrite par une dame âgée qui a un style un peu suranné, précieux mais en même temps élégant avec des formules désabusées et concises comme: "A mon âge la culpabilité, si elle existe, n'est qu'une façon comme une autre de tromper l'ennui". Catherine Dufour affirme avoir pastiché entre autres Les Mémoires d'Hadrien de Yourcenar mais on sent de nombreuses autres influences (j'ai reconnu entre autres Tchouang Tseu), la plus ironique étant , je trouve,  celle des moralistes du 17ème siècle (il y a un petit côté La Rochefoucauld derrière certaines phrases) . Toujours est-il que c'est diablement bien écrit, on se surprend parfois à s'arrêter sur une phrase bien tournée, pleine de finesse et d'esprit - ce qui fait d'ailleurs que la noirceur de l'histoire est en quelque sorte neutralisée par l'écriture (et c'est peut-être ça le goût de l'immortalité, l'antidote aux horreurs que l'on va lire, non ?) .

 

J'ai lu à droite et à gauche que le livre de Catherine  Dufour était noir, qu'il confinait à quelques endroits à l'insoutenable. Moi qui suis une âme sensible  incapable de regarder un film avec un enlèvement d'enfant (on ne se moque pas), j'avoue ne pas avoir trouvé l'histoire si noire que cela. Ou pour être plus exact pas noire au point que j'en vienne à lâcher le livre et à le reprendre le lendemain ou des jours après. Même s'il y a des horreurs qui nous sont racontées (elles nous sont annoncées dès les premières pages du roman), elles sont en quelque sorte neutralisées comme je le disais plus haut par une écriture intemporelle. On se laisse porter par les périodes régulières, parfois un peu académiques, de l'écriture et les horreurs rapportées ont un goût de Sic transit gloria mundi - racontées par un historien plus intéressé par son style que ce qu'il raconte. Pour prendre une analogie qui vaut ce qu'elle vaut, c'est un peu comme quand on lit Suétone nous racontant les perversités de l'un des douze césars - on aurait tendance à oublier que c'est de l'histoire et à le prendre comme un élément de fiction auquel on ne croit qu'à moitié. Il y a un peu de cela dans Le Goût de l'immortalité de Catherine Dufour.

 

Pour rester fidèle à mes habitudes, je ne vous raconterai pas plus le détail de l'histoire, je vous laisse le plaisir de la lecture et de sa découverte. A la différence de Suétone, le roman de Catherine Dufour se déroule ni dans le présent ni dans le passé mais dans le futur. Ce n'est pas évident de bâtir une histoire dans le futur. On risque toujours le ridicule si le moindre élément n'est pas crédible. Or, là, tout est crédible. Celui qui est cultivé dans le domaine de la SF saura reconnaître des variations sur les romans d'anticipation de Brunner ou plus évident  encore Les Monades urbaines de Silverberg, le tout réactualisé avec les dernières inquiétudes écologiques et économiques. Ces variations SF venant s'entremêler à des pastiches littéraires font du livre de Catherine Dufour un point de recontre entre la littérature dite blanche et celle d'anticipation - un objet rare donc comme je vous disais.

 

En bref, plutôt que d'aller acheter aveuglément le dernier prix Goncourt, tentez une aventure à six euros (voire moins), lisez  Le Goût de l'immortalité. Vous ne le regretterez pas.

Commentaires

Bien d'accord, un très beau roman (et très très noir, si si quand même) par une plume assez remarquable. Je lui reprocherais juste - peut-être... - un certain manque d'unité... Mais peu importe, au final : l'intérêt est bien là.

Ecrit par : Nébal | 06.11.2007

Manque d'unité je n'ai pas trouvé (peut-être parce que j'ai presque tout lu d'un coup). Mais peut-être que tu nous expliqueras ça sur ton blog un de ces quatre ? j'ai vu que tu avais chroniqué delires d'Orphée mais pas le Goût de l'immortalité. C'est peut-être en attente ?

Ecrit par : Le spitz japonais | 06.11.2007

Ah, non, pas vraiment : je l'avais lu y'a de ça un bail, en grand format chez Mnémos... Du coup, à moins d'une relecture (peu probable dans les mois qui viennent vu la pile énorme qui m'attend...), ça m'étonnerait un peu. Un jour peut-être... Mais bon, très bon bouquin, aucun doute là-dessus ; j'ai juste trouvé qu'il manquait un peu de liant, que l'on passait parfois un peu trop brutalement d'une atmosphère et d'une ligne narrative à l'autre... Mais on peut très bien y voir aussi un atout.

Ecrit par : Nébal | 06.11.2007

Bonjour,

Juste un clin d'oeil connivent d'un métaphysicien à un autre

Bien cordialement

Bernard

Ecrit par : Bernard | 08.11.2007

Moi, j'ai eu un problème avec le style. Globalement, il est très bien écrit mais il y a une sorte d'accumulation qui me l'a rendu un peu indigeste.
Les mots sont souvent obscurs, comme dans bcp de livres de SF et au bout d'un moment ça m'agace.

Mais au final, oui c'est un exellent livre.

Ecrit par : setim | 08.11.2007

ah, les 4ème de couv!! c'est en général toute une histoire! entre celles qui racontent la fin, celles qui racontent une autre histoire, il y en a peu qui, finalement, reflète le contenu du livre.
Mais pour venir sur ce roman, je dois dire que je n'avais pas vraiment accroché. oui, c'est bien écrit, oui, l'idée est bonne... mais je ne suis pas du tout rentré dans l'histoire, notamment à cause des trop nombreuses interventions de la narratrice/héroïne, de sa grande distanciation avec le monde dans lequel elle vit, qui faisait que finalement, peu importe ce qui se passe. et le final ne m'a pas autrement subjugué... cependant, le style est agréable, les descriptions fort intéressantes.

Ecrit par : philippe | 08.11.2007

Bon au vu du billet et des commentaires je l'achète dès demain

Ecrit par : Amazone | 08.11.2007

J'ai du retard là pour répondre aux commentaires mais je suis malade (rien de grave) donc toutes mes excuses.

Alors:Nébal, ok, tu ne risques pas de le relire tout de suite mais bon, vu toutes les autres critiques que tu nous proposes sur ton site , ma foi ..., tu es un sacré lecteur d'ailleurs (tu dois lire au moins autant que moi)

Bernard: clin d'oeil également, je passerai faire un tour sur ton blog un de ces quatre (quand j'aurais les idées un peu plus claires cad moins de fièvre)

Sétim et Philippe: merci pour avoir donné votre point de vue, d'ailleurs c'est amusant vous n'avez pas adoré le livre mais vous lui reconnaissez des qualités, c'est un bon point pour lui quand même.

Enfin, Amazone, n'hésite pas à reposter ici même quand tu l'auras lu pour me dire si tu as aimé ou non.

Ecrit par : Le spitz japonais | 10.11.2007

Ayant eu entre les mains au moins un livre de Dufour qui m'avait pas mal déçu, je suis assez surpris de voir chez le spitz japonais une note favorable à l'égard de cet auteur. Je tâcherai donc d'au moins consulter cet ouvrage !

Ecrit par : stéphane | 15.11.2007

Quel livre de Dufour Stéphane ? Dans tous les cas, je défends ce livre car le fait qu'il soit bien écrit fait honneur à la SF française.

Ecrit par : Le spitz japonais | 16.11.2007

Je ne connais pas cet auteur mais ton billet me donne envie de le lire.
Je vais me précipiter chez mon libraire préféré : je ne crains pas les livres noirs !
Je peux tout lire ...sauf la SF chère à Stéphane !

Ecrit par : Rosa | 03.12.2007

N'hésite pas à me dire ce que tu en as pensé. Bonne lecture !

Ecrit par : Le spitz japonais | 03.12.2007

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