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31.08.2007

Voici l'homme de Moorcock

Attention, si vous n'avez pas lu Voici l'homme de Moorcock, ne lisez pas cette chronique, j'y dévoile la fin.  

Sur les conseils de Systar, j'ai emprunté à la bibliothèque Voici l'homme de Michael Moorcock. L'histoire est pour le moins subversive. Un homme  du nom de Karl Glogauer à la psychologie complexe et trouble (homosexualité refoulée, rapport étrange au martyr à cause de mauvais traitements dans l'enfance, névrose obsessionnelle portant sur la croix) remonte le temps en l'an 28 pour assister à la crucifiction du Christ. Seulement, il n'y a pas de Christ ... En fait, il y a bien un Jésus à Nazareth mais c'est un attardé mental. Alors, Karl devient le Christ et sa névroses se confond avec la passion du Christ. Des citations des évangiles viennent illustrer sarcastiquement cette confusion érigée en dogme depuis.

C'est un livre assez court (185 pages), qui se lit vite et la dernière page fermée, il donne à penser car on se demande comment interpréter une telle histoire.

Premier niveau de lecture (le plus simple):  Jésus n'a pas existé, c'est en fait un déséquilibré mental venu du 20ème siècle à qui on voue un culte. Lecture subversive qui est confortée dans le roman par le fait que le seul Jésus fils de Joseph et de Marie à Nazareth est un attardé mental qui bave ..7a5b0c1cb0addbb16c18a8c797925d50.jpg. C'est peut-être le niveau de lecture le moins intéressant car si on replonge dans le christianisme primitif, des histoires comme ça (Jésus n'a pas existé, ce n'est pas lui qui a été crucifié), on en trouve à la pelle. Le passage où c'est Jésus qui demande à Judas de le trahir  est l'écho d'une vielle théorie gnostique selon laquelle Judas est un initié secret. Mais passons.

Deuxième niveau de lecture (attention, ça se complique): Le prénom de Glogauer (Karl, le même prénom de Jung), la mention répétée de Jung auquel s'intéresse Glogauer nous oriente sur cette fameuse thèse de l'inconscient collectif du psychanalyste. Selon cette thèse, l'inconscient n'est pas qu'individuel (comme le pensait Freud) mais collectif d'où les mythes, l'alchimie, les hallucinations collectives ... La forêt des mythagos de Holdstock est basée sur cette théorie (joli cycle d'ailleurs). Ici, on pourrait penser que le voyage dans le passé de Glogauer ne change rien au passé car l'inconscient collectif substitue au Jésus historique un Jésus de substitution. Pas une ligne des évangiles n'est changée pour autant. D'ailleurs, la guérison des malades n'a rien de miraculeux, ce sont de simples névroses guéries par  psychanalyse (et hop, nouvelle allusion à Jung). Au fond, à ce deuxième niveau de lecture, à cause de l'inconscient collectif, Jésus existera forcément. 

Troisième niveau de lecture (attention, encore plus compliqué):  Le Karl Glogauer souffre d'un trouble psychologique créé par son moi vieux de deux mille ans. Sa seule façon de le guérir est de retourner en 28 et d'y mourir. Au fond, c'est le retour dans le passé comme psychanalyse.

Bon, voilà, si vous voyez d'autres interprétation, n'hésitez pas à m'en faire part. Et merci à Systar pour le conseil de lecture.

29.08.2007

Philosophie arabe et Islam

Peut-on étudier la philosophie arabe sans connaître l'Islam ? Bien entendu, non, je pose la question pour la forme. Ainsi, croiser dans un texte philosophique le terme jihad ou harb n' a pas la même signification, l'un est coranique, l'autre est plus neutre comparé au premier (si l'on veut une analogie en français, il y a autant de différence entre jihad et harb qu'entre  croisade et guerre) . Al Farabi dans certaines de ses oeuvres emploie des termes coraniques, dans d'autres non et la lecture de Leo Strauss, faute de mieux, s'est imposé: il y a une partie exotérique chez Farabi (celle destinée au commun, où on trouvera des termes coraniques) et une ésotérique (où les termes ne sont plus coraniques mais philosophiques) - je résume ici à très gros traits car dans il y a des indices dans l'oeuvre de Farabi qui justifient cette lecture mais on en parlera une autre fois.

Pour celui qui s'intéresse à la philosophie arabe, le Coran est un fait incontournable. Or, ma première question (purement rhétorique) en amène une autre beaucoup plus subversive : quelle attitude philosophique celui qui étudie la philosophie arabe doit-il avoir face à l'Islam ? A priori, un plus grand respect pour une religion qui n'est pas la sienne semble s'imposer.  Or, ce supposé respect, qui ferait l'impasse sur une étude critique de l'Islam, conduirait à ne pas comprendre des philosophes comme Al Farabi ou Razi (le médecin pas le commentateur du Coran) qui furent implicitement ou explicitement critiques envers l'Islam. Être philosophe, c'est de toute façon être critique envers la religion - même si au final, on la reconnaît ou fait sienne. 

Donc, forcément, il faut s'intéresser à l'Islam mais de façon critique  et comprendre comment les hommes s'ingénient à construire des dogmes pour asseoir leur pouvoir et empêcher la réflexion. Dans le cas de l'Islam, c'est d'autant plus délicat que le Coran répète à plusieurs reprises que les juifs et les chrétiens ont falsifié leurs textes (la Torah et l'Evangile) et que seul l'Islam détiendrait une vérité inaltérée. Certains musulmans insistent sur le fait que le Coran n' a pas bougé d'un iota (pardon, d'un alif !) depuis sa révélation. Quant aux traditions prophétiques, le hadith ( = parole du prophète Muhammad), une chaîne de rapporteurs est censée sécuriser l'authenticité de la parole et assurer de façon imparable sa valeur législative (l'isnad - c'est un truc bien connu des fondamentalistes: quand un hadith ne l'arrange pas, il lui suffit de dire qu'il est da'if, c'est-à-dire d'une authenticité peu sûre, faible, pour le révoquer).

Pour aller au fond des choses, disons-le clairement: l'Islam, non des premiers temps (qui n'en avait pas besoin) mais des seconds temps (pour m'exprimer ainsi) dut faire exactement ce que fit le christianisme : fixer ce qui ne l'était pas, créer des dogmes stables sur des bases irréfutables ou rendues telles - la création de faux hadith n'étant qu'une peccadille dans l'oeuvre qu'il fallait accomplir (et c'est de bonne guerre si certains soufis ont créé leurs propres faux hadith - dont celui sur le grand jihad, le combat sur soi, qui serait supérieur sur le petit jihad, le combat contre les infidèles, il est souvent cité comme preuve du pacifisme  de l'Islam mais il est da'if et sans doute inventé tardivement ) . Autant dire que comme dans le christianisme, le but était de confisquer la réflexion en créant tout un immense arsenal compliqué qui empêche le croyant de méditer le texte sacré en le contraignant à des structures rigides et quasi infinies. D'ailleurs, on considère (dans le sunnisme) que l'ijtihad (effort de réflexion personnel sur la loi) est aboli (rien que ça !) par la constitution des quatre écoles juridiques. Toute tentative de réfléchir amenerait à une innovation blâmable (bid'a), les fondamentalistes ne se gênent pas pour  taxer de bid'a tout ce qui leur paraît pas orthodoxe. En voici quelques éléments:

* Le Coran lui-même. C'est un texte considéré comme intraduisible et inimitable. Il est très différent de la Bible car il n'est pas linéaire mais il n'échappe pas à la règle de tout texte sacré: il contient des contradictions qui invitent à réfléchir. C'est là qu'un premier tour de passe passe  s'est produit: on a considéré que certains versets en abrogeaient d'autres. C'est le cas du vin, considéré avec bienveillance dans un verset, interdit pour la prière seulement dans un autre et finalement condamné unilatéralement. On considérera que le troisième verset abroge le premier. L'abrogeant et l'abrogé se constitue comme "science" par la suite - réservé aux docteurs de la loi, bien entendu. Dans le christianisme, le latin a longtemps protégé la Bible de toute interprétation par le croyant du texte sacré, dans l'Islam, c'est la Loi (shari'a) qui a joué ce rôle. Petite remarque en passant: c'est un calife qui a gardé une bonne version du Coran et détruit toutes les autres versions. Tout comme dans le christianisme, l'Eglise a choisi quatre évangiles canoniques en rejetant tous les autres (Thomas, Marie, etc.): rien de nouveau sous le soleil.

* La Sunna et le hadith. Les musulmans les plus honnêtes le reconnaissent: dans le hadith, on rencontre une chose et son contraire. Le hadith, parole attribuée au prophète Muhamad, codifie le comportement de tous les jours du musulman dans le moindre de ses détails. On a commencé à les recueillir quand il y eut une circulation trop importante de faux hadithdans six recueils canoniques dont les deux plus célèbres et usités sont Muslim et Bukhari selon la méthode de l'isnad évoquée plus haut. Nouveau problème: il a fallu harmoniser des hadith contradictoires avec le Coran (avec des versets contradictoires car révélés sur plus d'une vingtaine d'années), ce qui a créé une loi très complexe avec des interprétations possibles différentes, d'où la constitution de quatre écoles juridiques dominant un monde arabe en expansion.

Au sein d'une religion qui s'est rigidifié dans un tel arsenal juridique, comment expliquer la naissance d'une tradition philosophique ? C'est évidement là que je voulais en venir depuis le début - que vient faire la philosophie dans un monde où une loi rigide, se fermant peu à peu à l'ijtihâd au sens large, est en train de se construire et de s'imposer ?

Premier élément de réponse: alors que la problématique du christianisme diffusé en langue grecque (rappelons-le) est de se dissocier de la philosophie en langue grecque et de montrer sa différence, le monde arabe va se trouver dans une problématique inverse: passé les premiers temps de la révélation, il va se rendre compte qu'il n'a pas les outils (ou du moins tous) pour construire sa théologie. Les premiers textes grecs traduits en arabe seront donc les écrits logiques d'Aristote qui se révéleront fort utiles pour discuter et disputer des positions théologiques aiguës. 

Deuxième éléments de réponse: l'expansion politique des musulmans va amener la même prise de conscience de l'absence d'outils politiques. Là aussi, le monde grec et particulièrement Platon va se révéler utile pour réfléchir à l'exercice du pouvoir.

 

Il ne faudrait pas croire que l'islam soit une religion  tolérante vis à vis des idées étrangères: c'est parce qu'il en avait besoin qu'il s'y est intéressé. Or, évidemment, le risque était grand d'introduire le loup dans la bergerie. On remarquera que des philosophes comme al Farabi introduisent leur critique de la religion avec beaucoup de subtilité. Razi qui a visiblement écrit bien des choses subversives à l'égard des religions n'a bizarrement pas eu la chance de voir ses textes critiques transmis jusqu'à nous. Al Ghazali a écrit une Destruction des philosophes et fait une synthèse du sunnisme et du soufisme afin de couper l'herbe sous le pied à ceux qui réfléchissaient trop. Son calcul était d'embrasser l'ennemi pour mieux l'étouffer. On retrouve ainsi des idées des philosophes grecs chez Ghazali ainsi que des thèmes soufis mais c'est soft, c'est orthodoxe. Pas de bid'a.

Au fond dans la relation philosophie/religion, c'est toujours la même histoire. On a besoin de la philosophie mais pas trop quand même - dogme oblige. On peut la neutraliser en en faisant une institution (comme au moyen-âge en occident chrétien),  une simple activité privée (là, on est en terre d'islam). Enfin, on peut carrément l'intégrer au versant mystique de la religion: les systèmes d'éons valentiniens, la kabbale, Ibn Arabi sont plein de néoplatonisme et d'emprunts au divin Platon. Mais cette pensée là, est-ce de la philosophie encore ? Je ne pense pas ... 

              

27.08.2007

Dragon déchu Peter F. Hamilton

9c5771ed8daa6838fdfff4db1ef8ce50.jpgCeux qui me lisent savent que je n'ai pas trop aimé L'Aube de la nuit: bonne idée de départ, des éléments intéressants ça et là (les adamistes et les édenistes par exemple) mais bien des longueurs et surtout un "méchant célèbre" qui ne fait même pas peur (Al Capone ! Au secours, j'ai peur !!!!).

Comme je n'ai  aucun a priori et que j'aime juger en toute objectivité,  j'ai réessayé avec Dragon déchu qui fait juste 953 pages en Livre de poche (autant dire une nouvelle pour Hamilton - bon, j'arrête là les plaisanteries).

Verdict: c'est bien. Cela aurait même été très bien si la quatrième de couverture  (ma bête noire) ne dévoilait pas ce que le lecteur ne découvre complètement qu'au delà des pages 800 ... Comme c'est quand même le mystère du livre, c'est franchement dommage de le dévoiler, mais passons (il faudrait créer un comité contre les quatrième de couverture, vous ne trouvez pas ?).

L'intrigue est basé sur un procédé que pas mal (peut-être trop d'ailleurs) d'auteurs utilisent : à savoir deux récits parallèles, ( dans ce roman un dans le présent, l'autre dans le passé) et dès que ça devient intéressant d'un côté, hop !, on zappe de l'autre (dans L'Aube de la nuit, l'abus de ce procédé finissait par m'énerver mais pas ici - en même temps, attention, il ne faut pas s'attendre à une utilisation de ce procédé tout en finesse comme chez Banks). 

L'auteur nous montre un côté inattendu de la colonisation des autres planètes par les hommes (le thème avait été abordé au début de L'Aube de la nuit d'ailleurs): ça coûte très cher. En fait, les entreprises qui se sont lançées dans le subventionnement de la colonisation de planètes extra-terrestres  sont  déficitaires.  Zantiu-Braun (=ZB) cependant a une solution pour sortir du déficit : il lance des raids appelés "retour sur investissement" - comprenez des opérations de piraterie légales pour récupérer les fonds engagés. Lawrence Newton porte bien son nom: il rêve de voyages spatiaux et, pour concrétiser son rêve, va tenter de devenir officier chez ZB. Il devra se contenter du grade de sergent car pour être officier, il faut investir dans l'entreprise qui vous donne du travail (!). On a donc un personnage de loser, déchu de son rêve initial de voyage intergalactique. Un dragon déchu lui aussi, en quelque sorte, qui doit rêviser son rêve d'étoiles à l'aune des intérêts économiques.

C'est un bien meilleur livre que L'Aube de la nuit.  Plus profond qu'il n'y paraît, ce n'est pas du type space opera sans prise de tête. On retrouve la minutie de l'auteur dans les détails, la lenteur calculée de l'action au départ (la mise en route est longue mais pas pénible et on comprend que certains éléments donnés au départ vont jouer un rôle par la suite comme le récit que fait Denise  aux enfants) et la recette éprouvée du zapping comme expliqué plus haut.

Donc: sans être un chef d'oeuvre absolu (faut pas exagérer non plus), on a un bon livre, honnête mais peut-être quand même trop scolaire à mon goût au final, à qui il manque un peu de sense of wonder, un peu de folie comme on en trouve chez Banks. Un petit plus, quoi. Quelque chose qui fasse la différence.

Voilà, ce sera tout pour aujourd'hui.

25.08.2007

Ma bibliothèque SF commentée (3)

1fa93d6911eb6cb047b57ba052de6eec.jpg* Andreas Eschbach, Des milliards de tapis de cheveux. En poche chez J'ai Lu, si vous ne l'avez pas lu, vous avez beaucoup de chance car cela vous fait un très bon livre à découvrir. J'ai emprunté à la bibliothèque tous ses autres livres et je les ai à peu près tous appréciés. Mention spéciale pour Jesus video qui a une intrigue prenante et une fin à la hauteur de l'intrigue.

 

* James Blish, Semailles humaines. Acheté d'occasion à 3 euros, une bonne surprise qui reconcilie le lecteur avec la biologie (si d'aventure il avait été faché avec cette matière). Vivement la réédition du cycle des  Villes nomades que par contre je n'ai pas réussi à trouver d'occasion.

 

* André-François Ruaud, La Cité d'en haut (Mnémos). J'ai lu quelques critiques sur internet qui trouvaient le livre un peu déséquilibré car à la croisée des chemins entre fantastique et policier mais j'avoue, pour ma part, avoir eu un petit faible pour ce roman qui s'inscrit dans un monde original et surtout attachant et que, une fois n'est pas coutume, j'aurais aimé un peu plus long. Si l'auteur fait un autre épisode, je suis preneur.

 

*Norman Spinrad, Jack Barron et l'éternité (J'ai lu). Un auteur sûr qu'on peut acheter les yeux fermés, je n'ai jamais été déçu par l'un de ses livres jusqu'à présent. J'ai emprunté à la bibliothèque dernièrement La Grande Guerre des bleus et des roses (qu'on ne trouve pas en librairie) et j'ai bien ri !

 

* Robert Silverberg, Les Déportés du cambrien (Livre de poche), En un autre pays (FolioSF): plus aucun souvenir, faudra que je les relise à l'occasion ...

 

P.S.: J'arrête temporairement ma série sur Ma bibiothèque SF commentée mais je la reprendrais à l'occasion, ne  vous inquiétez pas.  Le prochain post sera consacré au compte-rendu de Dragon déchu de Peter F. Hamilton que j'ai enfin achevé.

23.08.2007

Ma bibliothèque SF commentée (2)

d2ca5ecc1ae42843d9ca8ef3341f67a9.jpgOn continue donc, pour passer le temps, la rapide revue des quelques livres de SF dans ma (petite) bibliothèque.

* Philip José farmer, L'Univers à l'envers. Encore un livre de poche pas cher qui vaut très largement le détour. C'est un véritable OVNI littéraire, un trip qu'on aura du mal à comprendre complètement à la première lecture, qui peut laisser le lecteur largué mais pas indifférent. C'est ma seule incursion chez Farmer pour l'instant mais je ne la regrette pas.

 

* Edmond Hamilton, Les Loups des étoiles (folio SF) La Saga des étoiles (J'ai lu): du old space opera, pas prise de tête pour deux sous, remplacera sans problème un téléfilm à la con mais ne laissera pas un souvenir impérissable. A ne pas confondre avec l'autre Hamilton, l'auteur du (trop) long cycle L'Aube de la nuit.

 

* Christopher Priest, Le Prestige. Si vous n'avez pas vu l'adptation au cinéma, ce serait dommage de se priver de la réédition en FolioSF de ce livre qui, outre son intrigue, contient une belle réflexion sur la magie et la prestidigitation.

 

* Robert Silverberg, Les temps parallèles, un petit roman au Livre de poche qui divertit bien sur le thème des paradoxes temporels pour ceux qui savent remonter le temps.

 

A suivre ...

21.08.2007

Ma bibiliothèque SF commentée (1)

cdd1271161dda2e942eaeffe58ced9ae.jpgBon, là je vous ai chroniqué les trois derniers livres que j'ai lus durant les vacances et, en ce qui concerne les chroniques SF, ce blog va reprendre le rythme de ma lecture (donc pas un post par jour !). Je mets toujours dans la colonne d'à côté les prochaines lectures en cours. En ce moment, je suis dans Dragon déchu  et vu que ça fait environ 950 pages en poche, j'ai de la marge avant de le finir !

 

Mon principe est de chroniquer les livres que je viens juste de lire (à quelques exceptions près) car ils sont frais en quelque sorte dans ma tête et je peux livrer mes impressions à chaud  , quant aux autres, j'attends de les relire pour pouvoir les chroniquer. Histoire de vous dire quels sont les livres que je ne risque pas de chroniquer tout de suite, je me suis dit que ça serait une bonne idée de faire la liste des livres en SF que j'ai chez moi, en mettant entre parenthèses ce que j'en ai pensé (quand bien entendu il me reste assez de souvenirs de l'oeuvre pour mettre une impression générale). Je vous mets tout dans le désordre (pardon !). Ne figurent pas les livres que j'ai déjà chroniqués, ni ceux que j'ai empruntés à droite à gauche, ni enfin ceux que j'avais achetés, pas aimé et dont je me suis débarassé. 

 

* Ursula Le Guin,  L'autre côté du rêve. S'il ne fallait lire qu'un livre de Le Guin, ce serait celui-là, un petit bijou en Livre de poche pour 5 euros (voire un peu moins) qui raconte l'histoire d'un homme qui rêve et s'aperçoit à son reveil que son rêve a changé le monde.

 

* Robert Silverberg, Né avec les morts. En Folio SF, quatre nouvelles longues de bonne qualité avec une préférence pour Partir qui offre une réflexion très intéressante sur la mort. Né avec les morts est pas mal du tout aussi.

 

* Robert Silverberg, Le livre des crânes. En Livre de poche, il fait partie des bons Silverberg, de ceux qui m'ont bien plu. On retrouve le même thème que dans Le Royaume des murs (qui n'est pas dans ma bibliothèque mais je l'ai mis sur ma wishlist avec Le grand silence)  : l'homme à la recherche de lui-même et le péril sur ce chemin de recherche intérieur.

 

* Jack Vance, La Planète géante et Les Baladins de la planète géante. En folio SF. Le second livre recycle en fait la même trame que dans Space opera mais en moins bien et moins drôle. Le premier raconte l'histoire d'hommes qui sont sur une planète géante et doivent faire 65 000 kilomètres. J'aime beaucoup Vance mais  là j'avoue avoir moyennement aimé mis à part quelques passages.

 

* Jack Vance, La Geste des princes démons, au Livre de poche, cinq tomes dont il ne me reste plus beaucoup de souvenirs ...

 

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. A suivre ...

P.S: La couverture du livre (Ursula Le Guin), c'est le gagnant de cette première sélection.  Je ne le répèterai pas pour les posts qui suivront mais je me suis limité à chaque fois à une seule couverture, le livre qui sort du lot et qui mérite d'être lu.

19.08.2007

Préjugés

Scène 1: L'auteur de ce blog rencontre quelqu'un ...

Ce quelqu'un:  Qu'est-ce que tu lis en ce moment ?

Moi: Les Chronolithes. C'est l'histoire d'obélisques qui apparaissent brusquement, on les appelle des chronolithes et on ne sait pas si ...

- Ah (soupir de déception), c'est de la science-fiction ! Moi, j'aime pas ...

 Bien entendu, pas la peine d'argumenter, si c'est de la SF, c'est nul, de la littérature d'adolescent boutonneux, du Star Wars en livre. Forcément. Je ne cherche même plus à détromper les personnes qui pensent que la littérature, la vraie, c'est forcément Nothomb ou Les Bienveillantes.

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Scène 2: l'auteur de ce blog lit un livre de Farabi en arabe. Quelqu'un  lui adresse la parole :

- Tu lis le Coran ???

Evidemment, si c'est un livre en arabe, c'est forcément le Coran ... Décidément les préjugés sont partout !

17.08.2007

Berthelot Hades Palace

87a296a1e6de2625aba8c009ed9c7fa8.jpgAprès l'apéritif (Silverberg), le plat de résistance (Banks), le dessert: un petit livre de Folio SF Hadès Palace de Francis Berthelot. J'avoue avoir entendu parler du Rivage des intouchables mais je n'ai pas (encore) lu ce livre. Je savais aussi que Hadès Palace fait partie d'un cycle intitulé Le Rêve du démiurge (joli titre ...) qui comporte cinq livres précédant celui que je vais présenter et je n'ai lu aucun de ces cinq livres si bien que j'ai dû passer à côté de certaines choses.

Anyway, j'ai quand même tenté l'aventure et lu ce livre gracieusement édité en poche, que j'ai pris comme un en soi, ignorant ce qu'il y avait en amont de cette histoire. Tout d'abord, redisons le plaisir qu'éprouve le lecteur de SF, de fantastique à lire un livre directement écrit en français. Banks, Hamilton ou Silverberg, c'est bien mais c'est traduit de l'anglais comme tant d'autres livres et on est à la merci des qualités du traducteur qui des fois fait ce qu'il peut (pas évident par exemple de traduir Crowley et il faut bien mettre quelques notes ça et là au risque de passer à côté de quelques allusions). Donc Berthelot, c'est écrit en français et, en plus, en bon français. Un régal de ce point de vue.  

L'histoire: un artiste prometteur, mime et contorsionniste, est repéré par un commissaire culturel de Hadès Palace à Paris. On l'invite à se rendre au mythique palace, lieu de rêve (en apparence) pour tout artiste qui cherche à être consacré. Une fois sur place, Maxime se rend compte que derrière les apparences, Hadès Palace est loin d'être le paradis des artistes, loin s'en faut ...

Le livre est court (un peu plus de 300 pages en poche) et se lit facilement - la narration étant fluide. Il aborde la question de l'art et de son exigence (un véritable artiste n'est-il pas forcément un monstre d'exigence, de cruauté ?), celle de l'homosexualité (c'est l'orientation sexuelle du protagoniste, laquelle est posée telle quelle sans caricature, comme allant de soi), de la rédemption et de la damnation. En termes d'inspiration, on est quelque part entre Pierrot Lunaire, Dante et Les 120 jours de Sodome, ce qui fait de ce livre un petit roman original et bien agréable à lire. En plus c'est en poche, ce serait dommage de se priver !

15.08.2007

Banks La plage de verre

"- Ben oui. Le Destin, ça doit être un mec."

 

6fa41d7fe8bb467c197185dbb5c5eec2.jpgUn livre de Silverberg au mois d'août pendant les vacances (cf. mon post précédent), c'est un peu comme les biscuits apéritif, ça ne nourrit pas son homme. Il faut un plat de résistance ensuite ! C'est pour cela que pour les vacances, j'avais fait un achat grand format plus substantiel (ce qui pour moi correspond à un achat à risque car le grand format, c'est un peu miser plus d'une vingtaine d'euros - parfois la trentaine - pour se retrouver au final avec un livre qui déplaît, risque que l'on  prend moins avec le format poche) et pas n'importe lequel: Banks. Ouais, le grand Banks.  L'auteur d'Une forme de guerre (Consider Phlebas en VO) et de L'Usage des armes qui se situent dans un cycle intitulé La Culture dont j'ai déjà un peu parlé. J'évoque immédiatement ces deux livres car du point de vue de l'atmosphère, de l'inspiration, c'est de ces deux oeuvres que La Plage de verre se rapproche (sauf que ce livre ne fait pas partie de La Culture, ce qui est un détail car le plus important c'est que ça soit du bon Banks et ça l'est). Bruit, fureur - un conte raconté par un idiot et ne signifiant rien pour reprendre la célèbre expression de Shakespeare dans Macbeth. La Plage de verre nous raconte la folle équipée de Sharrow qui est poursuivie par une secte, les Husch, lesquels veulent sa peau, ce qui la contraint à poursuivre une quête: retrouver le Canon Lent, arme ultra dangereuse mais humoristique dans son imprévisibilité. On a donc une héroïne à l'humour corrosif assortie de sa bande de mercenaires avec qui elle a  fait autrefois les quatre cent coups (au sens propre et figuré)  qui poursuit un but tout en étant  poursuivie. Autant dire que de l'action, il y en aura; quant à savoir si à la fin de l'histoire tout cela a bien un sens ... c'est au fond la même réponse que celle qui est donnée par L'Usage des armes et Une forme de guerre. Lorsque le bruit et la fureur ont cessé, on a un arrière-goût d'absurdité : tout cela était-il bien sérieux au fond ? Qu'y a-t-on gagné au bout du compte ?  

 

Quelques remarques en vrac:

Contrairement à ce que pourrait laisser la quatrième de couverture (Un space opera explosif), l'action ne se déroule que sur une seule planète - Golter.  On retrouve le procédé des flash-backs de L'Usage des armes mais il n'y a pas ici de surprise finale à attendre à la fin (ce qui n'exclut pas quelques retournements de situations imprévus mais chut !) et, en fait, si ces flash-backs font ressortir le passé de Sharrow, de sa famille et ses compagnons,  c'est pour  introduire une fine touche de mélancolie dans un récit plein d'actions. Un peu comme si le passé de Sharrow était le seul temps mort dans cette quête effrénée du Canon lent. On retrouve ce que j'appelle le style cinématographique de Banks - à savoir l'impression de voir un film d'actions qui défile à toute vitesse, sauf qu'au cinéma, dans ce type de film,  il suffit de regarder (sans avoir besoin de trop réfléchir)  tandis que dans un livre, il faut chercher à visualiser, si on passe machinalement deux trois lignes du récit on est largué. C'est peut-être ça qui rebute certains lecteurs chez Banks. Mais passons.

 

Beaucoup d'humour et d'ironie dans ce récit: depuis les Frères tristes du poids maintenu (!) à la cour du Roi inutile ("sa majesté le roi Tard XVII, seigneur du Dépit" !!) en passant par les solipsistes, le livre fourmille de traits d'humour ce qui fait que La plage de verre est bien plus léger qu' Une forme de guerre ou L'Usage des armes. Moins profond du coup mais on va chipoter non plus. L'ironie est latente, depuis l'arme facétieuse (le Canon lent) à La Cité des robots, certains poncifs du space opera (l'arme super puissante, l'artefact magique, l'androïde qui cherche à comprendre la nature humaine ... etc.) sont repris avec une légère distance ironique qui va parfois jusqu'à contaminer un paysage en carton pâte: Un vent froid et tranchant descendait d'un ciel vert-de-gris. Le soleil s'y accrochait, triste bibelot dispensant sa chiche lumière.

 

Bien que teinté d'ironie voire d'humour, La Plage de verre joue le jeu du space opera avec ses changements de décor, ses gentils et ses méchants (qui ne sont pas forcément ceux que l'on croit), ses batailles et son goût du spectaculaire. L'ensemble est soigné jusque dans ses détails où l'auteur ne laisse pas passer l'occasion de faire une trouvaille, d'inventer quelque chose qui surprend le lecteur.

 

Donc en bref, ça vaut largement ses 25 euros, ce n'est pas du niveau de L'Usage des armes ou d'Une Forme de guerre, plus profonds, c'est juste bien (mais est-ce si courant ? Je pourrais vous faire une liste des nombreux livres prétendant à ce niveau et n'y arrivant pas, mais est-ce nécessaire ?) et en plus c'est du Banks. Peut-être à lire après L'homme des jeux et avant Une forme de guerre, si l'on devait faire un ordre de lecture idéal des livres de Banks. Sinon, un bémol quand même: dommage que la couverture  soit si hideuse ...   

13.08.2007

Robert Silverberg Un jeu cruel

1efc1210806f56735b38b62157ac7a32.jpgFolioSF continue à rééditer des oeuvres de Silverberg et la dernière en date est Un Jeu cruel. Comme toujours chez cet auteur, il y a du bon et du moins bon. L'avantage, c'est que ça se lit vite (un peu trop), qu'après une entrée en la matière rapide, l'action avance à grand pas pour finalement trouver une conclusion assez logique et pas surprenante du tout car trop prévisible. L'histoire ? Il y a un astronaute qui, pris en otage par des aliens, a été reconfiguré (si je puis m'exprimer ainsi) si bien qu'il est devenu un monstre. Autre sujet d'expérience, autre cobaye, autre monstre dans son style: une femme qui a donné ses ovules à la science et est devenue la mère biologique de cent bébés qu'on lui a confisqués. Depuis elle essaye de se suicider ... Enfin, Duncan Chalk, un monstre assoiffé de souffrance et plein de fric qui a l'idée juteuse de se faire rencontrer les deux monstres (c'est ça le jeu cruel en question) et créer une love story visionnable qui devrait rapporter un max. Je ne vous en dis pas plus sur l'histoire car ce serait rendre inutile la lecture de ce livre - ce qui n'est pas mon but.

Le verdict ? Une lecture divertissante, certes, avec un temps fort dans la scène du restaurant galactique (le chapitre le plus original du livre à mon sens et qui m'a fait repenser à celle de La Cité du gouffre de Reynolds ) mais qu'on oubliera aussi vite qu'un téléfilm regardé en seconde partie de soirée durant les grandes vacances.  La quatrième de couverture nous parle d'une "critique acerbe de la société du spectacle" (où ça ???), d'un "grand roman de science-fiction" (rien vu de très grand là dedans pour ma part) et d'un immense talent (peut-être mais pas dans ce livre) ... Mouais ...  On reste dans du très convenu, dans du un-peu-bâclé (pas de réflexion réelle sur la souffrance, l'amour, le spectacle, le divertissement qui sont là à titre de thèmes narratifs mais ne sont jamais approfondis), en bref, une grosse nouvelle qui n'est pas désagréable à lire mais dont on ne doit pas attendre plus que du temps passé.

 

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