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29.08.2007

Philosophie arabe et Islam

Peut-on étudier la philosophie arabe sans connaître l'Islam ? Bien entendu, non, je pose la question pour la forme. Ainsi, croiser dans un texte philosophique le terme jihad ou harb n' a pas la même signification, l'un est coranique, l'autre est plus neutre comparé au premier (si l'on veut une analogie en français, il y a autant de différence entre jihad et harb qu'entre  croisade et guerre) . Al Farabi dans certaines de ses oeuvres emploie des termes coraniques, dans d'autres non et la lecture de Leo Strauss, faute de mieux, s'est imposé: il y a une partie exotérique chez Farabi (celle destinée au commun, où on trouvera des termes coraniques) et une ésotérique (où les termes ne sont plus coraniques mais philosophiques) - je résume ici à très gros traits car dans il y a des indices dans l'oeuvre de Farabi qui justifient cette lecture mais on en parlera une autre fois.

Pour celui qui s'intéresse à la philosophie arabe, le Coran est un fait incontournable. Or, ma première question (purement rhétorique) en amène une autre beaucoup plus subversive : quelle attitude philosophique celui qui étudie la philosophie arabe doit-il avoir face à l'Islam ? A priori, un plus grand respect pour une religion qui n'est pas la sienne semble s'imposer.  Or, ce supposé respect, qui ferait l'impasse sur une étude critique de l'Islam, conduirait à ne pas comprendre des philosophes comme Al Farabi ou Razi (le médecin pas le commentateur du Coran) qui furent implicitement ou explicitement critiques envers l'Islam. Être philosophe, c'est de toute façon être critique envers la religion - même si au final, on la reconnaît ou fait sienne. 

Donc, forcément, il faut s'intéresser à l'Islam mais de façon critique  et comprendre comment les hommes s'ingénient à construire des dogmes pour asseoir leur pouvoir et empêcher la réflexion. Dans le cas de l'Islam, c'est d'autant plus délicat que le Coran répète à plusieurs reprises que les juifs et les chrétiens ont falsifié leurs textes (la Torah et l'Evangile) et que seul l'Islam détiendrait une vérité inaltérée. Certains musulmans insistent sur le fait que le Coran n' a pas bougé d'un iota (pardon, d'un alif !) depuis sa révélation. Quant aux traditions prophétiques, le hadith ( = parole du prophète Muhammad), une chaîne de rapporteurs est censée sécuriser l'authenticité de la parole et assurer de façon imparable sa valeur législative (l'isnad - c'est un truc bien connu des fondamentalistes: quand un hadith ne l'arrange pas, il lui suffit de dire qu'il est da'if, c'est-à-dire d'une authenticité peu sûre, faible, pour le révoquer).

Pour aller au fond des choses, disons-le clairement: l'Islam, non des premiers temps (qui n'en avait pas besoin) mais des seconds temps (pour m'exprimer ainsi) dut faire exactement ce que fit le christianisme : fixer ce qui ne l'était pas, créer des dogmes stables sur des bases irréfutables ou rendues telles - la création de faux hadith n'étant qu'une peccadille dans l'oeuvre qu'il fallait accomplir (et c'est de bonne guerre si certains soufis ont créé leurs propres faux hadith - dont celui sur le grand jihad, le combat sur soi, qui serait supérieur sur le petit jihad, le combat contre les infidèles, il est souvent cité comme preuve du pacifisme  de l'Islam mais il est da'if et sans doute inventé tardivement ) . Autant dire que comme dans le christianisme, le but était de confisquer la réflexion en créant tout un immense arsenal compliqué qui empêche le croyant de méditer le texte sacré en le contraignant à des structures rigides et quasi infinies. D'ailleurs, on considère (dans le sunnisme) que l'ijtihad (effort de réflexion personnel sur la loi) est aboli (rien que ça !) par la constitution des quatre écoles juridiques. Toute tentative de réfléchir amenerait à une innovation blâmable (bid'a), les fondamentalistes ne se gênent pas pour  taxer de bid'a tout ce qui leur paraît pas orthodoxe. En voici quelques éléments:

* Le Coran lui-même. C'est un texte considéré comme intraduisible et inimitable. Il est très différent de la Bible car il n'est pas linéaire mais il n'échappe pas à la règle de tout texte sacré: il contient des contradictions qui invitent à réfléchir. C'est là qu'un premier tour de passe passe  s'est produit: on a considéré que certains versets en abrogeaient d'autres. C'est le cas du vin, considéré avec bienveillance dans un verset, interdit pour la prière seulement dans un autre et finalement condamné unilatéralement. On considérera que le troisième verset abroge le premier. L'abrogeant et l'abrogé se constitue comme "science" par la suite - réservé aux docteurs de la loi, bien entendu. Dans le christianisme, le latin a longtemps protégé la Bible de toute interprétation par le croyant du texte sacré, dans l'Islam, c'est la Loi (shari'a) qui a joué ce rôle. Petite remarque en passant: c'est un calife qui a gardé une bonne version du Coran et détruit toutes les autres versions. Tout comme dans le christianisme, l'Eglise a choisi quatre évangiles canoniques en rejetant tous les autres (Thomas, Marie, etc.): rien de nouveau sous le soleil.

* La Sunna et le hadith. Les musulmans les plus honnêtes le reconnaissent: dans le hadith, on rencontre une chose et son contraire. Le hadith, parole attribuée au prophète Muhamad, codifie le comportement de tous les jours du musulman dans le moindre de ses détails. On a commencé à les recueillir quand il y eut une circulation trop importante de faux hadithdans six recueils canoniques dont les deux plus célèbres et usités sont Muslim et Bukhari selon la méthode de l'isnad évoquée plus haut. Nouveau problème: il a fallu harmoniser des hadith contradictoires avec le Coran (avec des versets contradictoires car révélés sur plus d'une vingtaine d'années), ce qui a créé une loi très complexe avec des interprétations possibles différentes, d'où la constitution de quatre écoles juridiques dominant un monde arabe en expansion.

Au sein d'une religion qui s'est rigidifié dans un tel arsenal juridique, comment expliquer la naissance d'une tradition philosophique ? C'est évidement là que je voulais en venir depuis le début - que vient faire la philosophie dans un monde où une loi rigide, se fermant peu à peu à l'ijtihâd au sens large, est en train de se construire et de s'imposer ?

Premier élément de réponse: alors que la problématique du christianisme diffusé en langue grecque (rappelons-le) est de se dissocier de la philosophie en langue grecque et de montrer sa différence, le monde arabe va se trouver dans une problématique inverse: passé les premiers temps de la révélation, il va se rendre compte qu'il n'a pas les outils (ou du moins tous) pour construire sa théologie. Les premiers textes grecs traduits en arabe seront donc les écrits logiques d'Aristote qui se révéleront fort utiles pour discuter et disputer des positions théologiques aiguës. 

Deuxième éléments de réponse: l'expansion politique des musulmans va amener la même prise de conscience de l'absence d'outils politiques. Là aussi, le monde grec et particulièrement Platon va se révéler utile pour réfléchir à l'exercice du pouvoir.

 

Il ne faudrait pas croire que l'islam soit une religion  tolérante vis à vis des idées étrangères: c'est parce qu'il en avait besoin qu'il s'y est intéressé. Or, évidemment, le risque était grand d'introduire le loup dans la bergerie. On remarquera que des philosophes comme al Farabi introduisent leur critique de la religion avec beaucoup de subtilité. Razi qui a visiblement écrit bien des choses subversives à l'égard des religions n'a bizarrement pas eu la chance de voir ses textes critiques transmis jusqu'à nous. Al Ghazali a écrit une Destruction des philosophes et fait une synthèse du sunnisme et du soufisme afin de couper l'herbe sous le pied à ceux qui réfléchissaient trop. Son calcul était d'embrasser l'ennemi pour mieux l'étouffer. On retrouve ainsi des idées des philosophes grecs chez Ghazali ainsi que des thèmes soufis mais c'est soft, c'est orthodoxe. Pas de bid'a.

Au fond dans la relation philosophie/religion, c'est toujours la même histoire. On a besoin de la philosophie mais pas trop quand même - dogme oblige. On peut la neutraliser en en faisant une institution (comme au moyen-âge en occident chrétien),  une simple activité privée (là, on est en terre d'islam). Enfin, on peut carrément l'intégrer au versant mystique de la religion: les systèmes d'éons valentiniens, la kabbale, Ibn Arabi sont plein de néoplatonisme et d'emprunts au divin Platon. Mais cette pensée là, est-ce de la philosophie encore ? Je ne pense pas ... 

              

Commentaires

Eh bien, j'ouvre la liste des commentaires, juste pour te dire que je trouve ton texte succulent ! C'est suggestif, ce parallèle entre la constitution des dogmes dans le christialnisme et dans l'islam.

Sauf que là on n'est pas en science-fiction ;-)

Ecrit par : Naravas | 01.09.2007

Merci pour le compliment Naravas. D'autres textes sur la philosophie arabe devraient prochainement suivre.

Ecrit par : le spitz japonais | 01.09.2007

Texte très intéressant (et que je suis revenu lire - je n'avais pas eu le temps la première fois, comme quoi les blogues sont pratiques). Je salue votre culture, et je pense qu'il y a du vrai dans ce que vous dites, en particulier dans la volonté de l'église d'empêcher certaines réflexions en compliquant les choses.
Par contre, je me permets de vous contredire sur les évangiles de Thomas et Marie que vous citez. Je ne les connaissais pas. Après une rapide recherche sur internet, j'ai pu voir qu'il s'agissait d'écrits apocryphes datant du IIIeme et IVeme siècle. Difficile d'y voir véritablement les fondements de l'église ! Il me semble que la redécouverte de ces textes s'incrit plutôt dans une logique anticléricale "habituelle". (On pourra d'ailleurs à ce sujet faire preuve de logique et se demander ce que fait le texte apocryphe de l'apocalypse de Saint Jean dans les évangiles)
Je salue également votre intelligence à dénoncer la violence contenue dans l'Islam, en particulier sur le sujet du Djihad.

Ecrit par : Stephane | 07.09.2007

Merci pour les compliments ! Sinon, je suis bien d'accord que les textes apocryphes que je cite sont du 3ème et 4ème siècle (en fait, il faut faire attention c'est la date des manuscrits qu'on a retrouvé !) mais ils reflètent une pratique qui consistait à collationner différentes paroles attribuées à Jésus. Tout comme dans l'islam, le christianisme n'a pas fixé immédiatement ses textes canoniques d'où une multitude de paroles de Jésus puis une tradition littéraire (l'enfance de jésus, sa descente aux enfers , etc.) - pas forcément très "datable". Pour Thomas, le manuscrit est du 4ème siècle mais on retrouve des traces de lui au 2ème siècle. Evidemment, impossible d'en savoir plus. Bon, après quand je vois à la télé toute la dramaturgie sur l'évangile de Judas, je souris un peu - qu'un texte dise que Judas soit l'initié secret est une pratique bien connue des gnostiques dénoncés par saint Irénée.
Il faut bien se rappeler que le christianisme a dû canoniser des textes parce qu'au fond chaque communauté avait son texte et des différences notables (faille exploitée par les gnostiques dénoncés par saint Irénée). Ainsi, l'évangile des egyptiens. D'ailleurs si on retrouve des points communs entre les évangiles canoniques et ceux qui sont apocryphes, il y a aussi une part d'invention (comme pour le hadith) - d'où la fixation des textes du nouveau testament par l'Eglise. Je suis bien d'accord sur le fait que c'est sur ceux-là qu'elle s'est fondée - je dis juste qu'elle a canonisé pour empêcher que la tradition chrétienne se dilue dans un amas de textes, certains indéniables apocryphes et inventés, d'autres plus troublants. Voilà !

Ecrit par : le spitz japonais | 07.09.2007

Félicitation ! Note très intéressante.
J'aimerais discuter plus avec vous, mais auparavant, il me faut vous poser une question : êtes-vous (je ne le pense pas) ou avez vous été musulman ?

Cordialement
Aïn

Ecrit par : Aïn | 16.09.2007

Merci pour votre intérêt. Je me suis permis de modifier l'url de votre blog qui était fautif (afin que chacun puisse y accéder).

Pas de problème pour discuter ici ou via mon mail (il suffit de cliquer sur "à propos" en dessous du spitz - le chien).

Permettez-moi sinon d'être méfiant - internet obligeant - vis à vis de la question que vous me posez "auparavant": en quoi le fait d'être musulman ou non (de l'avoir été ??? Une brebis égarée ?!) change-t-il quelque chose à ce que je dis ? Et serait un préalable à une discussion ? J'y vois une question piège où quelque soit ma réponse, mon propos serait discrédité. J'ose espérer que si j'étais (ou j'avais été musulman), je serais capable d'un peu de sens critique à l'égard de ma religion. Dans le cas inverse, il est à espérer que je maîtrise bien ce dont je parle et que je ne fasse pas non plus une attaque au vitriol fort dispensable d'une religion.

Ne m'en voulez pas de cette fin de non-recevoir si vous êtes bien intentionné mais voilà ce que je peux vous répondre pour le moment.

Ecrit par : le spitz japonais | 17.09.2007

Bonjour,

Merci d'avoir réparé le lien.
Je comprends votre méfiance. Mais ne vous inquiétez pas. J'avance à peine à visage masqué. Si vous allez dans l' "à propos" de mon blog, vous connaitrez mon identité, ma profession et même le lieu où j'habite.
La question que je vous pose est certes un peu abrupte, mais n'y voyez aucune volonté de juger, de lancer un djihad contre votre blog ou encore de proclamer une fatwa contre vous si vous êtes, comme on le dit dans le jargon, apostat. Ma démarche est purement polémique (dans le sens noble du terme) et intellectuelle.

Pour commencer votre note, vous partez d'un postulat essentiel :
"Peut-on étudier la philosophie arabe sans connaître l'Islam ?"
Evidemment, comme vous le soulignez, ce n'est pas possible. Dans ce cas-là, en reprenant René Guenon dans "Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues", comment pouvez "connaître" une Tradition, en l'occurence l'Islam, sans l'expérimenter. Ainsi, si vous n'êtes pas musulman, il me semble que vous pouvez compilez une somme d'informations érudites, certainement, mais qui trouverait sa limite dans le domaine du "savoir", et non celui de la "connaissance" par l'expérimentation profonde et consciente.
Encore une fois, je vous conseille de lire au moins la préface du livre sus-cité. Ce qui vous permettra, je l'espère, de considérer particulièrement les limites de l'orientalisme.

Avant de continuer plus avant, et notamment discuter sur votre souci de "vulgarisation" fort louable, j'attends avec impatience votre intervention.

Ecrit par : Aïn | 17.09.2007

Bon, donc je ne m'inquiète pas. J'ai vu votre blog et ma foi (si je peux me permettre cette expression), quelqu'un qui lit
beaucoup ne peut me déplaire (je lui accorde même le droit de me tutoyer bien que je rédige cette note en employant le vouvoiement, j'attends votre feu vert).


Sur Guénon (que j'ai lu, normal vu que je suis un érudit ! Je rigole bien sûr), était-il hindou ? Rectifiez-moi si je me trompe mais Guénon n'a pas à ma connaissance pratiqué de rites hindous - ce qui ne l'a pas empêché d'en parler. De même - tous les polémistes musulmans se gênent-ils pour citer et critiquer le judaïsme ou le christianisme et ce, alors qu'ils ne l'ont jamais pratiqué ? Comment critiquer la transsubstantiation si on ne l'a jamais pratiqué ? Assez curieusement, ce n'est pas forcément celui qui se trouve au coeur d'une religion qui en parle le mieux. Spinoza aurait-il commencé le mouvement d'étude critique de la Bible si sa
communauté juive ne l'avait pas exclu ?


Peut-on parler d'une religion que l'on ne pratique pas ? Vous remarquerez que je n'ai pas fait un billet sur la façon de pratiquer la prière dans l'école malikite quand même. Je parlais de la constitution des dogmes - lesquels sont bien protégés de toute étude critique. C'est moins vrai du christianisme aujourd'hui. C'est plus vrai de l'islam qui reproche aux juifs et aux chrétiens d'avoir
altéré leurs écritures et affirme avoir des textes non altérés. Mais qu'en est-il du coran fixé par Outhman demandent les shiites ? et tous ces hadith contradictoires ? En vérité, les érudits sont quand même intéressants à lire quand ils déterrent l'existence de tel texte de l'époque abbasside qui a fixé le dogme de l'inimitabilité du Coran. Ou qu'on leur interdit d'étudier les fragments de Coran qu'on trouve au Yémen. Ou qu'on empêche Luxenberg de soutenir publiquement sa thèse (je laisse de côté la question de savoir si sa thèse sur l'origine syriaque du coran est fondé. D'ailleurs tout homme de foi véritable ne devrait pas s'inquiéter de savoir que l'on a retrouvé le tombeau de Jésus ou que le coran a un substrat syriaque. Mais passons).

L'orientalisme ... le grand mot est lâché. Je sais bien les critiques que l'on a faites sur cette discipline. Je les partage d'ailleurs. Tout comme cette matière - l'islamologie - me paraît parfois douteuse. Sauf quand cela a la valeur de Joseph Van Ess. Sauf quand les occidentaux ressuscitent des textes arabes qui ne sont même pas publiés dans le monde arabe. Corbin n'était pas un musulman shiite et pourtant il a édité et fait connaître bien des textes mystiques et philosophiques d'Iran. Où est le problème ??!!

Donc, voilà, j'espère avoir répondu à votre intervention. je vous enremercie d'ailleurs (sans ironie aucune).

Ecrit par : le spitz japonais | 17.09.2007

Ok pour le tutoiement, se sera plus simple et plus sympa.

Merci pour cette réponse rapide et pertinente.
En effet, René Guenon, selon ses biographes, n'était pas hindou. Quoique le doute est permis.
En disant cela, je m'en réfère aux "Actes du colloque international de Cerisy-la-Salle : 13-20 juillet 1973" dont le titre fut "René Guenon et l'actualité de la pensée Traditionnelle", dans lesquels un proche de Guénon pendant 30 ans, Frans Vreede, témoigne : "[Guénon] fut initié par une personnalité hindoue, affiliée à une branche régulière d’un ordre initiatique remontant à Shankarâchârya".

Mais laissons cela de côté. Je te rejoins ,cher "Spitz japonais" (?), quand tu parles de l'importance des érudits. Aucun problème là-dessus. Mais je persiste à dire que dans ce cas-là, nous sommes dans le domaine du savoir, et non de la connaissance.
Ainsi me parlerais-tu de philosophie dans le monde arabe, et notamment Ibn Ruschd traduisant et commentant Aristote, je te répondrais qu’on ne pourrait parler que de métaphysique, même dans le "Tahafut al Tahafut" du Cordouan. La perception de la falsafa m’intéresse plus du "dedans" que du "dehors".
Je n’ai pas le temps de continuer vraiment plus longtemps, mais je tenais au moins à dire cela.
A bientôt.

Ecrit par : Aïn | 17.09.2007

* Le doute est permis pour Guénon - je le reconnais - mais tu as raison : laissons cela.

* Le spitz japonais est un chien sinon (ouais, je sais, ça fait toujours drôle quand je dis ça - mais comme pseudo ça a le mérite d'être original).

* Que la perception de la falsafa t'intéresse du dedans plus que du dehors me paraît on ne peut plus logique. Permets-moi de te rectifier sur un point cependant depuis mon dehors: Averroes n'a pas traduit une traitre ligne d'Aristote, ne connaissant pas le grec. Par contre, il l'a commenté - c'est on ne peut plus exact.

Pour finir, je te réponds sous forme de questions: peux-tu comprendre Descartes, Kant sans être chrétien ? Platon sans être initié aux rites antiques ? (Bien entendu oui ! je t'épargne saint Augustin et saint Thomas d'Aquin) Et de quel droit Averroes commente-t-il un auteur même pas musulman ??? Il n'est pas le seul: al Kindi, al Farabi l'ont fait. Je ne parle même pas de Maïmonide qui conseille de lire al Farabi (un juif qui conseille de lire un musulman !) - lequel aurait admirablement compris la logique d'Aristote (un grec !).

Heureusement donc qu'au moyen âge on ne s'embêtait à savoir si on était du dedans ou dehors !

Merci pour ta réponse en tout cas et au plaisir de te lire à nouveau.

Ecrit par : le spitz japonais | 17.09.2007

Il faut peut-être préciser que

* les quatre écoles sont exclusivement sunnites.
* les controverses sur l'authenticité des hadiths constituent l'un des modes d'expression de la divergence sunnisme-shiisme, ce qui fait qu'en pratique les recueils de hadiths sunnites et chiites ne sont pas les mêmes. Les "six recueils canoniques" sont ceux du sunnisme.

Ecrit par : Husky | 01.05.2008

Vous faites bien de préciser en effet. Cela était tellement évident pour moi que je parlais de l'islam sunnite que je ne l'ai pas précisé. Et bien entendu quelques arguments employés ici ont ,en effet, comme vous le dites à juste titre, été exprimés pour la première fois par les shiites

Ecrit par : Le spitz japonais | 02.05.2008

La permanence de ces deux grandes options : chiisme et sunnisme, est une chose qui résiste à la rigidification. La tolérance qui apparait en Europe par exemple dans la « lettre sur la tolérance » de John Locke vise directement à apaiser les conflits théologiques. La question que je me pose c'est s'il n'y a pas à travers la divergence sunnisme-chiisme la possiblité d'un « oecuménisme » qui serait lui-même un moyen de penser la tolérance et la liberté de penser, et la "dérigidification" des systèmes.

Ecrit par : Husky | 04.05.2008

Je ne puis vous répondre que par un peut-être, c'est une piste à explorer. Mais là aussi, je m'y connais trop peu pour vous répondre. Il serait intéressant de voir comment les shiites se débrouillent avec la sharia par exemple. Et le contenu du hadith shiite. Je suppose cependant (c'est à vérifier) que même dans le shiisme, il y a eu une rigidification du système.

Ecrit par : Le spitz japonais | 04.05.2008

La divergence chiisme / sunnisme a notamment été abordé sous l'angle des minorités religieuses par Xavier de Planol dans "Minorités en terre d'Islam". Il montre ainsi que les régimes musulmans ont souvent été bien plus durs envers les minorités musulmanes que les autres (zoroastriennes, juives ou bien chrétiennes...). Les minorités chiites n'ont jamais eu la vie facile en terre sunnite et inversement. Pour ma part je ne suis pas persuadé que ce soit, à ce jour, une piste porteuse d'un "oeucuménisme" musulman dont il n'est même pas sur qu'il ait un sens pour les musulmans eux mêmes.

Ecrit par : Byzance | 05.05.2008

Le sujet devrait être abordé lors du colloque "Les régulations du pluralisme dans les religions du Livre" 3-5 juin 2008 à Strasbourg : http://calenda.revues.org/nouvelle10284.html

Ecrit par : Husky | 05.05.2008

Merci Husky pour le lien, Byzance pose une bonne question en se demandant si la notion d'oecuménisme aun sens aussi bien dans l'islam sunnite que dans l'islam shiite. Mais une fois de plus, je suis loin d'être compétent pour donner des éléments de réponse dans ce domaine.

Ecrit par : Le spitz japonais | 06.05.2008

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