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31.07.2007
Hamilton L'aube de la nuit
Il y a des livres dont je m'abstiens de parler parce que je ne les ai pas aimés mais qu'ils ont quand même pour eux des qualités que d'autres apprécieront. Ainsi, Un feu sur l'abîme de Vernor Vinge m'a laissé de mabre ; idem pour L'anneau-monde de Larry Nirven. Je n'aime pas et c'est peut-être question de goût, aussi je préfère m'abstenir de critiquer des livres qui n'étaient peut-être pas faits pour moi. Par contre, il y a des livres que je n'ai pas aimés à cause de leurs défauts évidents et ceux-là, je ne me gêne pas pour en parler. Tel est le cas de cette "somme' intitulée L'aube de la nuit de Peter F. Hamilton édité en poche et composé de nombreux volumes (attention au porte-monnaie car même en poche ça casque !): Rupture dans le réel, L'alchimiste du Neutronium, Le dieu nu, ces trois parties de base étant elles-même subdivisées respectivement en trois puis deux volumes chacune pour les besoins de la cause (comprenez toujours le porte-monnaie). Rupture dans le réel est ainsi sudivisé en : Tome 1, Genèse ; Tome 2, Emergence ; Tome 3, Expansion. L'Alchimiste du Neutronium est divisé en tome 1 Consolidation et tome 2 Conflit. Quant au dieu nu, il comprend le tome 1 Résistance et le tome 2 Révélation. L'ensemble est donc long, très long et évidement, ce n'est pas en soi un problème car cela pourrait très bien être long mais de bonne qualité quand même. Seulement voilà, si les trois premiers tomes (qui plantent les fondations de la saga) sont assez agréables à lire (et j'avoue les avoir lus avec un peu de plaisir, appréciez au passage ma grande honnêteté), la suite fait penser au célèbre proverbe Qui embrasse trop mal étreint par l'ennui qu'il engendre.
L'idée assez alléchante de départ de cette saga spatiale est d'imaginer qu'à la suite d'un évenement inconnu, les esprits des morts sont revenus, s'introduisant dans un monde nouvellement colonisé pour ensuite chercher à conquérir le reste de l'univers (ce sont les possédés). Du coup, on obtient un mélange de space opera et de morts vivants. Une sorte de film de George A. Romero mais dans l'espace. Là où l'idée de base devient moins alléchante c'est quand l'auteur imagine que ces possédés ont pour chef Al Capone. En terme de mal humain, on avait mieux quand même comme chef ! Il est dommage que l'auteur ait là reculé devant son idée de base et n'ait pas fait revenir d'autres méchants de l'histoire donnant un côté plus horrible à ses possédés. Plus on avance dans l'histoire, plus celle-ci comporte des longueurs inutiles et on sent que l'auteur a rallongé la sauce mais qu'il n'a plus d'idées, se contentant d'avancer en roue libre. Du coup certains éléments du récit qui étaient intéressants à la base finissent par agacer à force d'être rappelé.
En fait, je me suis dit en arrivant à la fin de cette longue, trop longue saga qu'il y avait là pas mal d'éléments pour un bon livre ou deux de 500 pages mais que l'auteur a cédé aux sirènes de l'épopée-fleuve, ce qui donne un résultat un peu indigeste une fois la dernière page lue. Si le new space opera, c'est ça, c'est décevant.
P.S: dans ma pile de livres à lire, il y a Dragon déchu (en livre de poche), peut-être aurais-je l'occasion de réviser mon jugement sur cet auteur. Je n'avais pas trop accroché à L'Espace de la révélation d' Alastair Reynolds, par contre j'ai beaucoup plus apprécié La Cité du gouffre ainsi que Diamond Dogs, Turquoise Days, peut-être en sera-t-il de même pour P.F. Hamilton.
10:20 Publié dans Science-fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, science-fiction, Hamilton
30.07.2007
La Proie des rêves (Michael Marshall)
Verdict: un cran en dessous d'Avance rapide quand même (soyons honnête) mais un bon polar qui flirte avec le quotidien réinventé, le fantastique.
Un petit extrait pour commencer: "Il n'y avait personne. Ce sont des choses qui sautent aux yeux, ça. Dans ces cas-là, les objets et les meubles prennent des allures suffisantes et omniprésentes, comme toujours quand ils ont tout l'espace pour eux seuls". C'est dans ce type de phrase incisive qu'on retrouve avec plaisir le Michael Marshall que j'aime. Celui des petits détails qui plantent un monde un peu déjanté: la voiture qui freine pour laisser passer un troupeau de cafetières, un réveille-matin qui poursuit le protagoniste ... A ce titre, ce livre de Michael Marshall m'a séduit par son originalité dont Avance rapide nous avait déjà donné un vertigineux aperçu. Comme en plus c'est disponible en poche, ce serait dommage de se priver.
Par contre, l'alchimie entre le ton décalé et l'intrigue sans être raté m'a un peu moins convaincu. Les pages sur internet ont un peu vieilli. Il y a quelques petits passages à vide. La fin peine à convaincre. On a l'impression qu'il y a bien tous les ingrédients pour faire un excellent livre (pour ne pas le renommer: Avance rapide) mais que l'auteur s'est contenté d'un bon livre. Certains éléments du roman auraient mérité d'être davantage justifiés pour que le lecteur y adhère.
Bon, j'aimerais ne pas terminer sur une note négative : l'ouvrage est un peu bancal mais tout bancal qu'il est, il reste d'un bon niveau et si vous n'avez pas lu encore Avance rapide, c'est par celui-là qu'il faut commencer car il vous donne une idée des qualités d'écrivain de Michael Marshall à un prix modique. Tentez l'expérience, si vous avez aimé, vous pourrez poursuivre l'expérience puissance 10 en vous procurant Avance rapide.
07:00 Publié dans Science-fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : policier, science-fiction, littérature
29.07.2007
Le Parlement des fées de John Crowley
La réédition par Terre de brume de l'oeuvre de John Crowley Le Parlement des fées mérite d'être saluée. Contrairement à ce que pourrait laisser croire les deux couvertures et même le titre français (car le titre original est Little Big), on est loin de la fantasy bas de gamme avec son lot de fées et autres minuscules créatures évoluant dans un disneyland de bon aloi. Est-on d'ailleurs dans la fantasy ? Ce qui est certain, c'est qu'on est d'abord dans la littérature. Pas la petite, celle qu'on lit le soir au lieu de regarder un téléfilm quelconque à la télé (et je dis ceci sans mépris, j'ai de la considération pour celles et ceux qui dédaignent la télévision au profit d'un livre divertissant), non la grande. Les phrases sont travaillées, ciselées, elles sont comme autant de chemins que l'on emprunte sans savoir où ils mènent (en allemand, on aurait appelé ça un Holzwege), nous indiquant l'orée d'un mystère sans s'y engager, nous laissant le soin d'y aller. Ou non. C'est un livre exigeant qui ne prend pas son lecteur pour un imbécile, lui donnant une histoire comme on donnerait un os à ronger à un chien, non, s'il y a bien une trame, elle se perd régulièrement dans le non-dit, l'implicite sans pour autant s'y égarer, elle demande à être complété par l'intelligence d'un lecteur attentif qui mettant en parallèle tel et tel élément du récit se fera sa propre carte du Parlement des fées.
C'est quoi au fait l'histoire pourriez-vous me demander ? En fait le problème est là. Une histoire, il y en a une mais la raconter serait inutile. Ou risible. Voilà ce que cela pourrait donner: c'est un livre qui s'appelle Le Parlement des fées (mais en fait c'est pas comme ça qu'il devrait s'appeler) dans lequel il n'y pas de fées mais en fait si - ou non. Risible, n'est-ce pas ? Si vous regardez bien d'ailleurs à droite ou à gauche sur internet, vous verrez que pas mal de personnes se contente de raconter le début de l'histoire: il était une fois un dénommé Smoky Barnable qui se rend dans une drôle de demeure située dans un village indiqué sur aucune carte (Edgewood) pour s'y marier. Saine prudence ! Le Parlement des fées au fond résiste mal au résumé parce que c'est un livre dans lequel on entre (ou non d'ailleurs, il peut ennuyer parce qu'on n'adhère pas, un peu comme à l'existence des fées au fond ! ) comme dans un mystère, on est heureux de le suivre comme une rivière. En fait, on est dans la même situation que Grand-père Truite (cf. l'extrait dans mon post précédent):on se laisse porter par l'écriture et de temps en temps on se demande à quoi rime tout cela et on oublie parfois de se le demander (alors qu'il le faudrait !!!) et on passe à côté. A force d'être trop proche, on ne voit pas: Le Conte avait-il seulement besoin d'un messager quelconque, d'un maquereau, l'avait-Il saisi parce qu'il passait assez près pour cela ? Mais ce n'est pas grave, Le Parlement des fées, c'est un livre qu'on relira forcément (on le sait avant même de l'avoir fini tant les détails sont nombreux et la promenade riche).
En bref, à découvrir absolument, à lire la journée pendant les vacances. Celles-ci ou les prochaines.
07:20 Publié dans Science-fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, fantasy
27.07.2007
Un extrait du "Parlement des fées" de Crowley
Avant de vous présenter les deux tomes du Parlement des fées de John Crowley réédité chez Terre de Brume, j'avais envie de vous faire partager la très belle écriture de ce roman par un extrait. Le voici et bonne lecture:
" Supposons que l'on est un poisson
Le ruisseau qui se jetait dans le lac coulait sur une longue piste rocailleuse, comme s'il descendait une volée de marches, à partir d'une grande mare creusée par une chute d'eau très haute, loin dans les bois.
Des flèches de lune frappaient la surface silencieuse de cette mare, avant de se tordre et d'aller se briser dans les profondeurs. Des étoiles reposaient sur la mare, montant et descendant avec l'arc continuel des vaguelettes qui avait son origine au pied de la chute d'eau. C'est ce qu'aurait vu quiconque se serait tenu au bord de la mare. Pour un poisson, une grande truite blanche qui dormait au fond, cela avait une toute autre apparence.
Qui dormait ? Oui, les poissons dorment, même s'ils ne pleurent pas; leur émotion la plus farouche est la panique, et la plus triste, une sorte de regret amer. Ils dorment les yeux grands ouverts, leur rêves froids projetés sur l'écran noir et vert du fond de l'eau. Pour Grand-père Truite, l'eau et sa géographie familière semblaient commandées par des persiennes fermées ou ouvertes selon que le sommeil venait et repartait; lorsque les persiennes étaient fermées, il voyait à l'intérieur de son intérieur. Les poissons rêvent en général des mêmes eaux que celles qu'ils voient éveillés, mais ce n'était pas le cas de Grand-père Truite. Ses rêves n'avaient rien des rêves-de-truite-qui-rêvent-de-leur-ruisseau, et pourtant eux aussi étaient peuplés d'évocations incessantes de son domicile aquatique, qui défilaient devant ses yeux dépourvus de paupières; et toute son existence devenait ainsi affaire de supposition. Des suppositions ensommeillées se succédant les unes aux autres à chaque palpitation de ses ouïes.
Supposons que l'on soit un poisson. Aucun endroit meilleur qu'ici pour y vivre. Une cascade charrie continuellement de l'air dans la mare, si bien que le simple fait de respirer procure du plaisir. Comme (en supposant que vous ne soyez pas amphibie) l'air pur et frais, renouvelé par le vent d'une prairie alpestre. Merveilleux, et gentil de leur part d'y avoir pensé; en supposant qu'ils se soient souciés de son bonheur ou de son confort, ou de celui de quiconque à vrai dire. Il n'y avait pas de prédateurs ici, et peu de concurrents, en raison (même si un poisson n'était pas censé le savoir) d'un ruisseau en amont peu profond et rocailleux, comme celui en aval, de sorte qu'aucune créature approchant sa taille ne pouvait atteindre sa taille ne pouvait atteindre la mare et rentrer en compétition avec lui pour l'avalanche continuelle d'insectes tombés des arbres nombreux et variés qui surplombaient la mare. Vraiment, ils avaient pensé à tout, à supposer qu'ils eussent pensé à quoi que ce fût.
Pourtant (en imaginant qu'il n'ait pas du tout choisi d'être relégué à nager ici) quel châtiment terrible et idoine, quel exil amer. Exposé dans du verre liquide, empêché de respirer, était-il censé faire d'éternelles allées et venues aux trousses des moustiques ? Il supposait que pour un poisson, le goût de ces insectes devait fournir la matière savoureuse de ses rêves les plus heureux. mais si l'on n'était pas un poisson, quel souvenir, cette multiplication infinie de gouttelettes de sang amer.
Supposons d'un autre côté que tout cela soit un Conte. Que malgré le degré de vérité de cette apparence de poisson satisfait, ou le degré d'acceptation de cet état de choses auquel il ait pu parvenir, il-serait-une-fois où une forme gracieuse apparaîtrait, plongerait le regard dans les profondeurs arc-en-ciel, et lui dirait les mots qu'elle serait parvenue à arracher à de maléfiques gardiens-de-secret en payant très cher de sa personne; avec un jaillissement d'eau étouffant il bondirait alors, les jambes frétillantes et ses nobles atours trempés, pour se tenir devant elle, haletant, rendu à lui-même, l'enchantement levé, la méchante fée sanglotant de frustration. A cette pensée, une image instantanée, une gravure en couleurs, se projeta dans l'eau devant lui: un poisson portant perruque dans un costume à col montant, une grosse lettre sous le bras, la bouche grande ouverte. Dans l'air. A cette image de cauchemar (venue d'où ?) ses ouïes se contractèrent et il se réveilla un instant; puis les volets se refermèrent. Rien qu'un rêve. pour quelques instants bénis, il n'imagina rien d'autre qu'une eau saine d'esprit et transpercée par la lune.
Bien entendu (les persiennes se mirent à se refermer doucement une fois encore) il pouvait imaginer qu'il était lui-même l'un d'eux, un gardien-de-secrets, un jeteur de sortilèges, un manipulateur maléfique; l'immortelle intelligence d'un mage réfugiée pour ses propres raisons subtiles dans un vulgaire poisson. Immortel: supposons qu'il soit ainsi: il a certainement vécu une éternité ou presque, a survécu jusqu'au temps présent (en supposant - divaguons davantage encore - que ceci soit le temps présent); il n'a pas expiré à l'âge d'un poisson, ni même à celui d'un prince. Il lui semble s'étendre vers l'arrière (ou bien est-ce l'avant ?) sans commencement (ou est-ce une fin ?) et il ne peut plus à cet instant se souvenir si les grands contes et les desseins qu'il suppose connaître et se remémore éternellement s'étendent dans le à-venir ou reposent morts dans le a-été. Mais supposez alors que c'est ainsi que l'on garde les secrets, que l'on préserve le souvenir des contes d'autrefois, mais aussi que l'on jette les sortilèges indéfectibles ...
Non. Ils savent. Ils ne supposent pas. Il songe à leur certitude, à la beauté calme, inexpressive, de leurs visages disant la vérité et de leurs mains occupées à assigner des tâches, aussi impératives qu'un hameçon enfoncé dans la gorge. Il est aussi ignorant qu'un alevin, il ne sait rien; il ne voudrait même pas savoir, ne voudrait même pas leur demander, même en supposant (une autre fenêtre intérieure s'ouvre en glissant silencieusement) qu'ils lui répondraient, si un certain jeune homme par une certaine nuit du mois d'Août. Debout sur ces rochers qui lèvent leur sourcil dans l'air agonisant. Un jeune homme frappé par une métamorphose comme cette mare fut autrefois frappée par l'éclair. Supposons seulement que cet homme imagine se souvenir, imagine que son ultime et unique souvenir est (le reste, tout le reste n'est que supposition) un horrible halètement étranglé dans une fatale absence d'eau, une fusion subite de bras et de jambes, les sauts convulsifs dans l'air (l'air !) et puis l'effroyable soulagement du plongeon dans l'eau froide, si douce, dans laquelle il lui faudrait désormais rester à tout jamais.
Et supposez qu'il ne puisse pas se souvenir de la raison pour laquelle cela est arrivé: qu'il suppose seulement, dans ses rêves, que c'est bien arrivé.
Qu'a-t-il donc pu faire pour vous causer tant de mal ?
Le Conte avait-il seulement besoin d'un messager quelconque, d'un maquereau, l'avait-Il saisi parce qu'il passait assez près pour cela ?
Pourquoi ne puis-je me souvenir de mon péché ?
Mais Grand-père Truite est endormi présent, car il ne pourrait rien supposer de tout ceci s'il ne l'était pas. Tous les volets sont fermés devant ses yeux ouverts, l'eau est partout alentour, mais aussi au loin. Grand-père Truite rêve qu'il est parti à la rêve."
John Crowley, Le Parlement des fées, tome 1, pp.93-99
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25.07.2007
Et la suite ?
Voilà, cher lecteur, ici s'achève la première partie d'Une brêche dans le ciel. La seconde partie reste encore à écrire, j'ai quelques idées pour achever le récit, il me reste juste à trouver le temps et l'inspiration pour mener à bon terme ce récit (une subtile alchimie qui ne se commande pas malheureusement). J'espère que ce récit dans le monde des nuages vous aura un peu dépaysé, n'hésitez pas à me laisser vos impressions.
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24.07.2007
L'assemblée (18)
Lorsque j’ouvris les yeux, je me rendis compte que j’avais de grandes ailes dans le dos. J’étais un ange ou quelque chose dans le genre. A côté de moi, il y avait d’autres anges et aussi devant moi et derrière moi. Aussi loin que pouvait aller le regard à droite ou à gauche, en haut ou en bas, l’espace était saturé d’ailes blanches dont le battement créait des appels d’air terribles. Il fallait se cramponner pour garder son rang en battant à son tour des ailes, ce qui n’arrangeait pas le courant aérien mais au contraire l’aggravait en un tourbillon qui menait tout en bas à une source lumineuse d’où s’élevait une voix grave.
« - Nous souhaitons la bienvenue au nouvel archange du ciel inférieur Gabriel ! »
Je ne compris pas tout de suite que c’était de moi dont il était question mais le poids des milliers de regards sur ma personne se chargea de me le faire comprendre.
« Sa vertu vous est à tous, mes très chers frères, connue et sa venue nous avait été annoncée comme imminente. »
Il y eut ça et là quelques explosions de lumières (l’équivalent des applaudissement chez les anges supérieurs, je suppose).
« A présent, le voilà parmi nous. Une fois de plus, nous te souhaitons, très cher frère, la bienvenue et nous comptons sur toi pour faire progresser le monde de lumière vers le Père très haut. »
Les explosions de lumière mirent un point final à ce discours et je fus submergé par un océan de plumes d’ailes, d’étincelles. Je me surpris à désirer un peu d’ombre pour soulager ce monde irradié de tant de blancheur.
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23.07.2007
Le réveil (17)
Lorsque l’archange ouvrit les yeux, la première chose dont il se rendit compte c’est qu’il n’était plus un archange. Ses ailes avaient disparu, il était allongé sur l’herbe et au dessus de lui, il y avait des petits bouts de nuage qui, de toute évidence, venait de s’échapper de ses yeux. Dans ses oreilles, il y avait des écouteurs qui diffusaient la voix mélodieuse d’un sheikh récitant la plus longue sourate du Coran - dont le célèbre passage racontant comment Iblis avait refusé de s’incliner devant l’homme alors que les autres anges, eux, s’étaient exécutés. Mickaël se releva et réalisa qu’il venait de nuager le paradis et qu’il n’était pas l’archange promu qu’il croyait être quelques instants auparavant. Son regard s’attarda sur des hommes au loin qui tiraient un coin du ciel pour faire tomber les nuages. Cela le plongea dans un état de perplexité : qui était-il au juste ? Un homme qui venait de s’égarer dans le monde des nuages et qui s’était illusionné en croyant être un archange ? Ou un archange qui accédait à un ciel supérieur où le paradis sortait de la représentation conventionnelle, épousant dans un vertigineux paradoxe l’apparence du monde inférieur ? L’espace d’une seconde, il avait cru ne pas (plus ?) être un archange mais à présent il en était moins certain. Mickaël se releva, retira les écouteurs de ses oreilles pour mettre fin à la mélopée du texte sacré et il inspira longuement l’air ambiant. L’inspiration, pas plus que l’expiration qui lui succéda, ne lui apporta d’éléments de réponse à ses questions. Il décida de se lever complètement, fit quelques pas et prit la décision d’aller dans le vaste monde pour savoir s’il était toujours au paradis.
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22.07.2007
La promotion de l’archange (17)
Certains disent qu’il y a sept cieux. Parmi eux, certains raffinent en disant que chacun de ces cieux est lui-même composé de sept cieux. D’autres sont plus attachés à l’autre grand chiffre sacré – le 9. Neuf cieux voire 99 (ou 81 si on reprend la logique mentionnée ci-dessus : 9 cieux avec 9 étages chacun). On peut aller jusqu’à 999.
La vérité, l’archange grave aurait pu vous le dire, c’est qu’en réalité, les anges et les archanges eux-mêmes n’en savent pas plus. Les cieux sont infinis. On démarre tout en bas de l’échelle et au long de sa carrière, on ne cesse de s’élever (même si, bien sûr, on peut rester parfois bloqué à un certain échelon pendant très longtemps). Et plus on monte, moins on redescend. Autant il n’est pas improbable pour un ange du huitième ciel de croiser un archange du onzième, autant il est impossible pour un ange du huitième ciel de rencontrer un archange du quarante quatrième ciel (ces chiffres étant ici purement théoriques vu que personne n’est jamais descendu du premier ciel pour dire combien il a dû gravir de cieux avant d’y arriver). Les mathématiques célestes qui ne sont enseignées nulle part et à personne semblent vouloir que certains niveaux symboliques, une fois franchis, ne peuvent pas être redescendus. C’est pour cela que l’image de l’ange déchu, bien que séduisante au premier abord, est plus une invention des romantiques qu’autre chose.
L’archange grave était loin de se douter qu’une promotion l’attendait. Et pourtant, un des novices qui étaient en train de jouer, s’arrêta en le voyant et lui remit une fine feuille de nuage au dessus de laquelle dansait une phrase sans équivoque. L’archange sourit au novice après avoir soufflé sur la phrase et rendu sa liberté au petit bout de nuage. Il savait que le ciel du dessus correspondait à un de ces seuils qu’on ne franchissait que dans un sens et pas dans l’autre.
L’archange aurait aimé revoir une dernière fois les anges d’en bas mais il savait que ce n’était plus sa tâche désormais et qu’il était vain de différer son départ. Cette pensée à peine évoquée puis congédiée, un chemin qui n’existait pas la seconde précédente apparut devant lui : une rivière d’étoiles serpentait vers un sommet nouveau, noyé dans une lumière d’élection. L’archange se mit à avancer, revêtant l’habit de lumière qu’on lui offrait et passa dans le ciel supérieur.
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21.07.2007
Le souffleur (16)
Je me suis réveillé dans la blancheur de la page. Pour seule nuit – des signes qui s’étendaient horizontalement et verticalement à l’infini sans jamais se croiser. Je me suis surpris à rêver d’un soleil pour mettre en mouvement tous ces caractères. Puis je suis revenu à la réalité – j’étais toujours coincé et à la différence du paradis des songes, je n’avais pas encore compris comment l’on sortait. Devais-je transformer un mot en radeau pour m’évader ? C’est à ce moment que j’ai entendu du bruit au dessus de moi. Il y avait quelqu’un qui s’approchait. J’ai regardé en l’air et j’ai vu que tout en haut les mots disparaissaient un par un. Mon premier réflexe a été de sauter sur le U juste en dessous. Puis je me suis dit : à quoi bon si c’est pour retarder d’une ligne ou deux l’échéance ? J’ai attendu, attendu, attendu. La menace se précisait sous la forme d’un vent qui s’avançait inexorablement. Et puis il est arrivé. Le souffleur de mots.
Il s’est présenté à moi – c’est comme cela que j’ai appris qui il était. Sa fonction était de ressusciter les bribes du monde qui s’étaient cristallisé en mots. Pour m’être agréable, il m’a fait une démonstration de son art. Il a d’abord soufflé sur le mot silence. Le mot a disparu et évidemment rien n’est apparu car qui a jamais vu le silence ? Ceci dit, au moment d’en rire, je me suis aperçu qu’aucun son ne sortait de ma bouche. Quel étrange situation que celle d’être au milieu de plein de mots et de ne pas pouvoir en dire un seul. On a mis du temps à trouver le mot bruit mais on a fini par le rencontrer. J’ai fait signe au souffleur de mots de le délivrer, ce qu’il a fait mais ce n’était pas une bonne idée car aussitôt régna dans la page un vacarme assourdissant. Le souffleur de mots rétablit la situation en soufflant un nouveau silence suivi de parole.
On a joué longtemps à souffler les mots. C’est comme cela que sont successivement apparus une autruche (qui s’est cassé la figure sur le mot cristal ! Qu’est-ce qu’on a pu rire !), un navire, un bâton, une tour, une symphonie, un parfum …
Et puis le souffleur de mots m’a regardé, l’air gêné. Je ne suis pas prêt d’oublier la tristesse qu’il y avait dans ses yeux quand il m’a soufflé et que j’ai disparu.
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20.07.2007
Dans le bureau de l’archange (15)
Il n’y avait pas de murs mais juste des nuages qui attirés par l’aura de l’archange avaient fini par former une petite pièce temporaire où il était possible de s’isoler de la lumière aveuglante pour travailler. C’était le privilège hiérarchique des archanges que de pouvoir sacrifier à l’individualité qui normalement était censée ne plus exister dans les régions célestes. Mais ce privilège était compensé par le fait qu’une fois le travail accompli, le bureau s’effaçait progressivement. En quelques minutes, il n’y avait plus de traces d’un quelconque bureau, si ce n’est quelques volutes de nuages qui s’étaient attardés sur place au lieu de suivre la marche de l’archange. Les anges novices chargés des missives étaient souvent perdus au début quand il devait adresser un courrier urgent à un archange d’un ciel éloigné ! Heureusement, ils suffisaient d’apprendre progressivement à discerner les différentes formes que pouvaient prendre un nuage lorsqu’ils s’inscrivaient dans le cortège d’un archange et on retrouvait sans trop de mal le destinataire de la lettre.
L’archange grave prit un bout du mur (en fait un bout de nuage) et l’aplatit pour en faire une fine feuille puis il prit une plume de ses ailes et il commença à répondre au courrier qu’il avait reçu en son absence. Les lettres avaient tendance à s’envoler légèrement au dessus de la feuille mais ce n’était pas grave : du moment que les phrases restaient solidaires entre elles, le message ne risquait pas de se perdre.
L’archange prit son temps pour répondre à tout le monde puis il quitta son bureau qui disparut aussitôt. Il emprunta une colonne de lumière pour se rendre à l’étage supérieur. Là, un nuage de son cortège prit aimablement la forme d’un siège où il put s’asseoir pour regarder les anges novices jouer à saute mouton.
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